L’esprit des parasynagogues, maladie de notre sainte lutte.

Publié le par Theophylactère

Une des choses qui surprend parmi les vrais chrétiens orthodoxes (VCO) est le degré assez avancé de divisions, avec un nombre élevé de synodes qui ne sont pas en communion, et ce même si ces dernières années, une tendance à la réunion se dessine. Certains, comme le métropolite Photios de Marathon, tendrait à l’expliquer par le culte du héros (ou culte de la personnalité de certains « gerondas »). D’autres par des ambitions personnelles, d’autres par des infiltrations et manipulation extérieures. A notre sens, la raison en est bien plus simple et plus ecclésiastique, à savoir la perte de conscience d’un esprit ecclésial et canonique qui a conduit au développement d’un esprit parasynagogal.

 

Les parasynagogues sont des communautés à la foi orthodoxe mais néanmoins situées en dehors de l’église et depourvues de grâce mystérielle.

Parasynagogal vient du terme parasynagogue, parfois traduit par conventicule, terme trop souvent ignoré et peut-être parfois même à dessein passé sous silence, car l’évoquer doit conduire inévitablement à s’interroger sur certains comportements répréhensibles.

On trouve sa définition dans le canon 1 de Saint Basile le Grand, dans lequel il décrit les 3 façons d’être hors de l’église :

  • Par l’hérésie, à savoir une altération de la foi originelle
  • Par le schisme, à savoir une séparation ayant comme origine un désaccord sur certaine pratique
  • Par la parasynagogue, à savoir la révolte d’un prêtre et ou d’évêques contre le synode légitime ou les évêques légitimes

Laissons la parole à Saint Basile

« d'où les noms d'hérésies, des schismes et de conventicules [parasynagogues] qu'ils ont donnés; d'hérésies, pour ceux qui ont rompu totalement avec l'Église et ont adopté une foi étrangère à la sienne; de schismes, pour ceux qui se sont mis en désaccord avec les autres pour des raisons d'administration ecclésiastique ou sur des questions faciles à régler; de conventicules [parasynagogues], aux assemblées réunies en faveur des prêtres ou des évêques insoumis par des gens ignares. Ainsi, si quelqu'un, jugé pour une faute et suspendu de ses fonctions, ne s'est pas soumis aux peines canoniques, mais a revendiqué le pontificat et ses fonctions et entraîna avec lui quelques-uns qui quittèrent l'Église catholique, un tel fait c'est un conventicule; un schisme, c'est de penser autrement que l'église sur la pénitence à imposer; une hérésie, comme celle des manichéens, des valentiniens et des marcionites et enfin celle des pépuziens eux-mêmes, car la différence porte tout droit sur la foi même en Dieu. »

Au sujet de la présence de grâce dans les mystères de ces groupes séparés de l’Eglise, saint Basile est catégorique. Une telle grâce est inexistante : « car, leur séparation d'avec l'Église commença bien par un acte de schisme, mais ceux qui se sont révoltés contre l'Église n'ont plus eu en eux la grâce du saint Esprit, la rupture de la succession en a interrompu la transmission; en effet, les premiers partis avaient reçu leur ordination des pères et ils possédaient le don de l'Esprit par l'imposition des mains de ceux-ci, mais une fois la communion rompue, réduits à l'état laïc, ils n'avaient le pouvoir ni de baptiser ni d'ordonner, étant incapables de donner aux autres la grâce de l'Esprit saint, qu'ils avaient eux-mêmes perdue »

La perte de l’esprit ecclesial conduit à ignorer cette notion de parasynagogue, de façon involontaire ou à dessein.

Une conscience orthodoxe rigoureuse doit s’interroger doit s’interroger sur le lieu où se trouve la véritable église au moyen de critères tout aussi rigoureux. Le canon de saint Basile fournit justement ces critères :

  • Foi confessée
  • Mode de création canonique de l’église en question (ce qui exclut schismes et parasynagogues)

Or, étrangement, les VCO semblent se focaliser uniquement sur la foi, alors même que le deuxième critère est tout aussi primordial. Pareille ignorance peut être du domaine du manque de connaissance, ce qui est tout de même paradoxal dans ce monde des vrais chrétiens orthodoxes, monde qui se targue pourtant de son sérieux canonique. Appliquer les canons requiert au préalable de les avoir lus, ainsi que leurs divers commentaires. Dans les faits, même à titre de curiosité, peu de personnes ont lu les canons dans leur intégralité, et encore moins de personnes les ont lus avec leurs commentaires, quand bien même ces écrits seraient gratuitement disponibles dans de nombreuses langues.

Cette ignorance pourrait venir de l’accent qui est mis sur la dénonciation des infractions de l’orthodoxie mondiale, manquements qui concernent essentiellement les prières avec les hérétiques. Il est du devoir de l’auteur de ce billet de rappeler aux vrais chrétiens orthodoxes que le corpus canonique ne se limite pas à la question des prières avec les excommuniés.

Cette ignorance pourrait finalement provenir d’une mauvaise compréhension de la nature de l’église. Nombre de VCO supposeraient que la confession d’une foi correcte est une condition suffisante pour appartenir à l’Eglise.  Ils ajoutent parfois à cela la notion de succession apostolique, mais malheureusement comprise dans un sens purement mécaniste. En effet, la succession apostolique est perdue par le passage dans le schisme ou la parasynagogue, quand bien même la chaîne d’ordination remonterait aux premiers apôtres, c’est là aussi un enseignement du canon 1 de Saint Basile.

Comme nous allons le voir à présent, un tel esprit parasynagogale est source de risques et de graves problèmes.

L’esprit parasynagogal conduit à la prolifération de fausses églises sous l’appellation VCO.

L’ignorance  cette notion de parasynagogue favorise les ruptures au sein des synodes. En effet, un évêque ou groupe d’évêques qui ignorent une telle notion peut s’estimer en droit de rompre avec leur synode légitime, sans raisons sérieuses, tout en considérant qu’ils conservent aux yeux de Dieu leur statut d’évêques, alors même qu’ils créent dans les faits une parasynagogue et ne sont plus que des laïcs en habit d’évêques. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on peut se demander si cette ignorance de la nation de parasynagogues n’est pas en fait volontaire, car elle permet de justifier toutes les ruptures avec un synode légitime.

De tels ruptures sont innombrables dans l’histoire des VCOs. D’un point de vue purement mathématique, étant donné qu’une rupture de communion est rarement canoniquement justifiée, on peut supposer qu’a minima la moitié des juridictions VCO sont en réalité des parasynagogues quand bien même leur confession de foi serait correcte. Le nombre doit être en fait supérieur car certaines sont elles-mêmes des parasynagogues issues de parasynagogues.

Prenons un exemple. Nous prions le lecteur de nous pardonner d’éventuels erreurs (retracer l’histoire des VCO n’est pas chose aisée).

Le Synode de Milan : un cas d’école 

Vers 1984, 3 évêques en Europe occidentale sont membres d’un synode VCO grec. Il s’agit de Gabriel de Lisbonne, de Tiago de Coimbra et d’Euloge de Milan. Cette même année, semble-t-il, ces évêques proclament leur autocéphalie affirmant avoir reçu à cette fin une autorisation d’un archevêque VCO, Auxence d’Athènes. Cette allégation ne sera corroborée par aucun document sérieux, et quand bien même elle l’aurait été, il convient de rappeler que seul un synode et non un seul archevêque est à même d’accorder une autocéphalie.

Nous avons là le cas d’évêques en rébellion, à savoir une parasynagogue. Comment ont-ils pu se prendre au sérieux, et comment des fidèles ont-ils pu les prendre au sérieux, si ce n’est que par l’ignorance, à dessein ou non, du canon 1 de saint Basile et de la notion de parasynagogue ? Cette entité s’était mise hors de l’église. Dès lors, tous ses actes ne disposaient d’aucune grâce mystérielle. Il est même étonnant que par la suite d’autres « églises » leur aient accorder un quelconque crédit, acceptant de concélébrer avec ce groupe ou même entrant en communion avec lui.

L’esprit parasynagogal favorise le phénomène d’évêques vagants .

Un des postulats de cet esprit est qu’un évêque est légitime à partir du moment où il dispose d’une « succession apostolique orthodoxe », succession naturellement interprétée dans un sens non orthodoxe. L’évêque semble disposer grâce à son ordination d’une sorte de pouvoir personnel quasi magique, qu’il conserve ad vita aeternam indépendamment des circonstances, et notamment de ses infractions canoniques. On voit bien l’aboutissement d’une telle logique… Tout évêque pouvant se prévaloir d’une ordination par deux autres évêques pourra se prétendre légitime et trouvera un public le considérant comme légitime, et ce en dépit de ses pérégrinations diverses de synode en synode.

L’esprit parasynagogal, chez les lecteurs, hypodiacres, diacres et prêtres.

Comme l’indique saint Basile le Grand, la parasynagogue est un acte acte d’insoumission. Nous avons essentiellement abordé le cas des évêques. Comment cela peut-il se manifester chez les autres membres du clergé ? En bonne théologie orthodoxe, un prêtre n’est qu’un délégué de l’évêque assigné à une paroisse donnée. Le principe est assez semblable pour les lecteurs, hypodiacres et diacres. Il y a donc une dépendance forte entre les clercs et l’évêque qui rend plus difficile aux clercs d’exercer leur esprit de rébellion, car un clerc isolé sans évêque, perdrait rapidement toute crédibilité.

La seule façon pour un clerc de se rebeller contre son évêque consiste en fait à se rattacher à un autre évêque, au besoin sans l’accord de l’évêque dont il dépend initialement. Or, un tel acte est explicitement interdit par différents canons.

 

Canon 15  des saints Apôtres . Du clerc qui quitte son diocèse.

Si un prêtre ou un diacre en général quelqu'un du clergé abandonne son diocèse et se rend en un autre, et s'étant complètement séparé du sien réside dans un autre diocèse contre l'avis de son évêque, nous ordonnons qu'il cesse toute fonction liturgique, surtout s'il refuse d'obéir au rappel de son évêque, persistant dans son désordre. Cependant il pourra y recevoir la communion comme les laïcs.

Canon 16 des saints Apôtres 16. Des évêques qui reçoivent des clercs étrangers.

Si l'évêque chez lequel des clercs de cette sorte se trouvent, ne tenant aucun compte de la suspense prononcée contre eux, les reçoit en qualité de clercs, qu'il soit excommunié, en tant que maître de désordre.

Malheureusement, dans le monde VCO, ces transferts anticanoniques sont bien trop nombreux et ne s’accompagnent pas d’explications canoniquement recevables. A dire vrai, ils ne s’accompagnent souvent d’aucune explication des parties prenantes. Notre question publique sur un forum visant à comprendre les raisons de ces départs et acceptations sans autorisation est restée sans réponse de la part de tous ceux qui avaient procédé de la sorte. Cela en dit long…

 

En finir avec l’esprit parasynagogal

En définitive, l’esprit parasynagogal, esprit de rébellion et d’insoumission, semble avoir marqué les VCO depuis fort longtemps à en juger par l’étendue des divisions qui persistent. En venir à bout suppose de retrouver une conscience canonique et ecclésiale sérieuse à tous niveaux : évêques, prêtres, diacres, fidèles etc. Dans un premier temps, chacun se doit de s’abstenir rigoureusement des comportements de ce type. Dans un second temps, il conviendrait de corriger les comportements passés relevant de cet esprit d’insoumission. Ceci suppose une analyse honnête de la situation, une pénitence de la part des parasynagogues, condition sine qua non pour leur réintégration dans l’Eglise.

 

Décollation de Saint Jean Baptiste
29/08/2021
11/09/2021

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