La date de Pâques et le Premier Concile oecuménique ("pas avec les Juifs")

Publié le par Theophylactère

Pâques approche à grand pas... Comme cette année elle ne coïncide pas avec la célébration catholique, nous échapperons donc à des cérémonies oecuménistes : processions communes, lectures communes et j'en passe dont les oecuménistes sont si friands. En revanche, il faudra entendre les lamentations de ces mêmes oecuménistes, regrettant que tous les chrétiens ne célèbrent pas Pâques en même temps. Ce texte revient sur cette question de la date de Pâques ainsi que sur le moment où doit intervenir la Pâques chrétienne par rapport à la Pâque juive. Dans la Paschalie catholique -à laquelle aspirent nos bons amis oecuménistes-  maintes fois, la Pâques chrétienne précède la Pâque juive.


Ce texte est traduit de l'anglais (les intertitres étant le fait du traducteur). La version anglaise est disponible ici
. L'auteur, l'Archimandrite Serge ancien professeur assistant de l'académie de théologie de Sofia (Bulgarie), fut renvoyé de son poste en 1968 car il s'opposa alors au passage au nouveau calendrier de l'Eglise de Bulgarie. Il rejoignit alors l'Eglise vétérocalendériste de ce pays.




Dernièrement, un nombre de théologiens orthodoxes et de membres du clergé ont soutenu que l'interdiction de célébrer la Résurrection de Notre Sauveur, Pâques (connue dans le monde occidental sous le terme païen de Easter) [NdT : il se peut que l'archimandrite Serge fasse ici erreur sur l'origine païenne de Easter, qui d'ailleurs n'existe qu'en anglais] « avec les Juifs » n'a pas lieu d'être et n'est pas, comme l'Eglise l'a toujours enseigné, un véritable « décret » du premier concile œcuménique de Nicée (325). Cette affirmation innovatrice s'appuie sur l'argument que les Actes de ce concile n'ont pas été conservés et que les 20 canons existants du Concile ne mentionnent pas la célébration de Pâques. En fait, cependant, aussi bien dans la lettre de Saint Constantin le Grand aux Evêques qui ne purent assister au concile que dans la lettre envoyée par le concile à l'Eglise d'Alexandrie, il y a des données notables (bien qu'indirectes) sur les accords spécifiques entre le Concile et les chrétiens des terres orientales au sujet d'une célébration commune de Pâques par tous les chrétiens.


Malheureusement, les théologiens aux tendances oecuménistes ont déduit de ces différentes sources une seule affirmation : tous les Chrétiens doivent célébrer Pâques en même temps. Ils ignorent au passage la question du jour de la célébration. De même, ils distordent intentionnellement la prohibition explicite du premier canon du Concile d'Antioche de 341 - c'est-à-dire que la Pâques chrétienne ne doit pas être célébrée en même temps que la Pâque juive rendant mal son sens originel : l'expression « pas avec les Juifs » est simplement interprété comme une injonction contre le calcul de la date de Pâques suivant le système erroné employé par les Juifs de l'époque, pour le calcul de la Pâque juive.


De tels arguments sans fondement sont ceux du Très Révérend Professeur L. Voronov dans son article « La question du calendrier » et du Professeur D. Ogitski dans un article intitulé : « Les règles canoniques de la Pascalie orthodoxe ». Les deux articles sont parus dans la collection « Travaux théologiques » publiée à Moscou et éditée par le Patriarcat de Moscou en 1971.

Fidèle à cette pensée, l'Evêque Pierre (L'Huillier) de Korsun (actuellement archevêque de New York (Orthodox Church of America), dans son rapport sur Pâques à une conférence œcuménique tenue à Genève (Chambésy) en 1977, « Les résolutions du Concile de Nicée au sujet de la célébration simultanée des Pâques juive et chrétienne », publié en français dans le Messager orthodoxe (Paris n° 93-96, 1976) maintient que l'interdiction contre une célébration commune entre les Pâques juive et chrétienne « ne fait en aucun cas référence à la coïncidence entre les deux dates »( p78), et que « ce n'est qu'à partir du Moyen Age que cette idée a surgi, basée sur une interprétation littérale mais erronée de l'expression avec les Juifs ». Son Eminence ne perçoit pas qu' « une telle simultanéité entre les deux Pâques contredit les canons de l'Eglise » et que « la Pâques chrétienne doit toujours suivre la Pâque juive ». Il cite en tant que preuve de l'interprétation erronée de l'expression « avec les Juifs », l'interprétation du canoniste Zonaras du 7e canon des Apôtres ; cette interprétation affirme : « leur [celle des Juifs] fausse fête doit venir en premier et ensuite notre Pâques devrait être célébrée » ; et le canoniste Matthieu Blastaris qui inclut dans son Codex Alphabétique, parmi les autres règles pour déterminer la date de Pâques, une

interdiction de célébrer la Fête en même temps que les Juifs.

En réponse à l'Archevêque Pierre, nous pourrions noter que ce ne sont pas uniquement ces deux commentateurs tardifs de la Tradition byzantine, mais aussi plusieurs Pères et écrivains de l'Eglise contemporains du Premier concile oecuménique ou des hommes qui vécurent peu de temps après qui témoignent explicitement des décisions des Saint Pères de Nicée au sujet de la question de la célébration de la Pâques chrétienne à la même date que les Juifs. Nous examinerons donc les preuves et données fournies par ces Pères à commencer par le premier d'entre eux, Saint Athanase le Grand, un participant direct et actif dans les résolutions du Concile de Nicée.

Saint Athanase le Grand


Dans deux de ces épîtres, Saint Athanase aborde la question de la célébration de Pâques. Dans une lettre aux Evêques d'Afrique (chapitre 2), il écrit : « Le concile de Nicée fut convoqué à cause de l'hérésie d'Arius et à cause de la question de Pâques. Parce que les Chrétiens en Syrie, Cilicie et Mésopotamie n'étaient pas en concorde, au même moment où les Juifs célébraient leurs Pâques, ils célébraient aussi [la Pâques chrétienne] » (Migne, Patrologia Graeca, Vol. XXVI, col. 1029).

Dans sa lettre "Sur les Synodes d'Ariminum et de Séleucie" (chapitre 5), le saint commente : "Le concile de Nicée ne fut pas tenu sans raison manifeste, mais avec une bonne raison et un besoin urgent ; parce que les Chrétiens de Syrie, de Cilicie et Mésopotamie erraient en ce qui concerne les saints jours et célébraient Pâques avec les Juifs  (ibid., col. 688). Il est évident à partir du contexte que l'expression avec les Juifs signifie ce que l'Eglise a toujours enseigné ; l'expression ne fait référence à rien d'autre qu'à une célébration commune avec les Juifs au même moment. De plus, c'est cette concélébration dans le temps qui mérita des reproches et fut l'une des raisons pour la convocation du Synode de Nicée.


Saint Ambroise de Milan


Saint Ambroise de Milan (environ 339-97) dans une épître écrite aux Evêques du district d'Emilie vers 386, observe, en réponse à leur question au sujet du caractère tardif de Pâques pour l'année à venir (387) : « La détermination de la date de Pâques selon l'enseignement de la Sainte Ecriture et la Sainte Tradition des Père qui se réunirent au Concile de Nicée ne requiert pas une petite sagesse. En sus d'autres merveilleuses règles sur la Foi, les Saints Pères, avec l'aide d'hommes d'expérience désignés pour déterminer le jour de la Fête, produisirent un mode de calcul pour cette date d'une durée de 19 ans et établirent « un cycle qui devint un modèle pour régir les années ». Ce cycle fut appelé le « nonus decennial, son but étant qu'en tout lieu, on célèbre le sacrifice de la Résurrection la même nuit » (Epistle XXIII, Chap. 1, Migne, Patrologia Latina, Vol. XVI, col. 1070).

La règle basique pour le calcul de Pâques est décrite par Saint Ambroise dans le chapitre 11 de la même épître : « Nous devons observer une règle : de telle sorte que la 14e lune [c'est-à-dire le 14e jour du mois de Nisan, soit la Pâque juive NDT] ne tombe pas le jour de la Résurrection, mais le jour de la Passion du Christ ou un autre jour la précédent, vu que la célébration de la Résurrection a lieu dimanche »

Plus loin, il justifie la règle en question en faisant référence à la fête de Pâques de 373 et à celle de 377, qui est intervenue à des dates tardives : « Ainsi en 373, quand la 14e lune [qui est la Pâque juive] est tombée le 24 mars, nous avons célébré Pâques le 31 mars. De même en 377, quand la 14e lune est tombée le 9 avril (Dimanche), la Pâque du Seigneur a été célébrée le dimanche suivant, le 16 avril ». De fait, Saint Ambroise confirme la rectitude de la condition de base établie par la « Paschalie d'Alexandrie », et universellement acceptée par le Synode de Nicée : la Pâques du Christ ne doit jamais coïncider avec la Pâque juive et qu'elle ne doit pas seulement suivre la Pâque juive mais être célébrée le Dimanche.

Au vu de cette déclaration nette de Saint Ambroise qui défend le cycle pascal fait de 19 années mis au point par le Saints Pères de Nicée, il est difficile de comprendre que l'Archevêque Pierre, qui cite aussi le passage antérieur de la 33e épître de Saint Ambroise, qui [l'archevêque Pierre] reconnaît que le Saint « pensait de cette façon » et qui admet même que « le cycle alexandrin était en usage à Milan et dans les Eglises administrées par cette ville », néanmoins écrive plus tard que « l'idée que le cycle alexandrin de 19 ans fut confessé par les Pères de Nicée fut introduit uniquement petit à petit » (ibid., p. 75).

Une autre source important qui confirme la règle de base pour le calcul de Pâques est la collection des Epîtres pascales des Patriarches d'Alexandrie, qui étaient promulguées au début de chaque année et dans lesquelles les dates de Pâques étaient annoncées. Un grand nombre de ces épîtres ont été préservées dans les travaux de Saint Athanase le Grand (dans la période 329 à 335) et dans ceux de Saint Cyrille d'Alexandrie (période 414-442). En pratique toutes ces épîtres confirment l'interdiction canonique de célébrer Pâques « en même temps que les Juifs » et leur Pâque, vu qu'aucune des dates indiquées ne coïncide avec la Pâque juive. L'Evêque Pierre n'a absolument aucune preuve pour appuyer son affirmation : « au 4e siècle, après Nicée, les Pâques Chrétienne et Juives ont coïncidé plusieurs fois ». Pour appuyer cette fausse affirmation, il cite le scientifique français V. Grumel qui, dans son essai "The Problem of the Date of Pascha in the Third and Fourth Centuries" (Le problème de la date de Pâques aux 3e et 4e siècles) (Journal of Byzantine Research, Vol. VIII, pp. 165-166), utilise une table des dates des deux Pâques (juive et chrétienne) publiée par Swartz pour les 19 années entre 328 et 346. En fait, uniquement deux des dates de Swartz sont réellement des dimanche : en 329 et 333. Au sujet de la première de ces dates, 329, Saint Athanase désigne le 6 avril comme date de Pâques et non le 30 mars comme le fait Swartz. Au sujet de 333, Saint Athanase écrit que la date de Pâques fut avancée afin d'éviter qu'elle ne coïncide avec la célébration d'anniversaire de Rome. A nouveau, excepté ces deux années, aucune des dates dans cette table utilisée par l'Evêque Pierre ne tombe un dimanche. Donc ces dates de Pâques sur lesquelles il fonde ses arguments sont fictives.

Saint Jean Chrysostome

La date tardive de Pâques en 387 incita Saint Jean Chrysostome, alors prêtre à Antioche, à faire trois homélies « Contre les Juifs » à l'automne 386. Dans l'ignorance, beaucoup de Chrétiens de la ville célébrèrent Pâques en même de temps que les Juifs. De ce fait, ils débutèrent le Grand Carême plus tôt qu'à la date correcte. Pour les corriger, Saint Jean Chrysostome invoque le décret du Concile de Nicée à ce sujet : « Plus de 300 Pères assemblés en Bythinie à Nicée, on décrété cela [que Pâque ne doit pas être fêtée en même temps que les Juifs- note de l'auteur] et vous les déshonorez de cette façon. Vous les accusez soit d'ignorance comme s'ils n'étaient pas conscients de ce qu'ils prescrivaient, soit de lâcheté, comme s'ils connaissaient la vérité, mais l'avaient trahie. C'est ce qu'implique votre non respect de leur décret. Une grande sagesse et une grande autorité ressortent de tous les Actes du Concile. Soyez attentifs, alors à ce que vous faites car vous accusez ainsi un grand nombre de Pères sages. Si le Christ est au milieu de deux ou de trois [Matthieu 18 :20], il était d'autant plus présent parmi ceux qui étaient plus de 300 quand ils déterminèrent et établirent toutes ces choses. De plus, vous ne les accusez pas eux, uniquement, mais l'oecoumène entière, car elle a accepté leur décret. Considérez-vous les Juifs plus intelligents que les Pères qui étaient assemblés venant de toutes les parties de l'univers habité ? » (Third Sermon Against the Jews, Migne, Patrologia Graeca,Vol. XLVIII, col. 865).

Comme ces mots que Saint Jean Chrysostome emploi pour tancer les Chrétiens judaïsant sont plein de force ; il les blâme non seulement car ils célèbrent Pâques en même temps que les Juifs mais aussi car ils « jeûnent avec les Juifs » -une infraction également explicitement interdite par le 70e canon des Apôtres : 70. De ceux qui fêtent les fêtes des Juifs : « Si un évêque ou un clerc jeûne avec les Juifs, ou célèbre avec eux leurs fêtes ou reçoit d'eux les cadeaux de leurs fêtes, par exemple des azymes ou quelque chose de semblable, qu'il soit déposé. Si c'est un laïc, qu'il soit excommunié. » Cependant, l'Archevêque Pierre, quand il cite l'homélie de Saint Jean Chrysostome sur ce point spécifique (ceux qui jeûnent avant que le temps ne soit venu), garde le silence au sujet des Chrétiens judaïsant, et en effet, au tout début de son article remarque même : « dans ces discussions, provoquées par la pratique pascale particulière des Orientaux personne ne les accusa d'être « judaïsants ».


Saint Epiphane de Chypre

Saint Epiphane de Chypre, un contemporain de Saint Jean Chrysostome, bien que d'origine juive, dénonce les Audiani, une secte hérétique florissante à l'époque parce qu'ils "désirent fêter Pâques avec les Juifs ; c'est-à-dire, ils essaient de prouver que Pâques devrait être célébré au même moment où les Juifs préparent leur pain sans levain » (Adversus LXXX Haereses, Chap. 70, Migne, Patrologia Graeca, Vol. XLII, col. 360). Il argumente que Dieu nous révéla la vérité sur ce sujet « à travers deux grands actes, conduits par le pieux empereur Constantin de Bienheureuse mémoire qui :

1° convoqua le Concile œcuménique qui établit le Symbole de la Foi composé à Nicée et confirmé par les signatures des évêques présents

2° confirma avec leur aide [celle des évêques] et pour le bien de l'unité chrétienne la question de la date de Pâques..., ce qui fut accompli quand les Evêques, venant de partout examinèrent la question en détail et décrétèrent unanimement que Pâques devraient être célébrée conformément à leurs décisions »

Saint Epiphane souligne particulièrement le "décret" concernant l'interdiction de célébrer Pâques avec les Juifs : « La Sainte Eglise de Dieu ... prend en compte non seulement le 14e jour [du mois de Nisan], mais aussi la semaine - la répétition cyclique de séries de 7 jours... L'Eglise prend en compte non seulement le 14e jour lunaire mais aussi le mouvement du Soleil afin d'éviter la célébration de deux Pâques la même année. Car, bien que nous fassions attention au 14e jour, nous allons au-delà de l'équinoxe et alors, plus loin, assignons la célébration de Pâques au Saint Jour de Dieu, à savoir le dimanche (ibid., Chap. 50, Migne, Patrologia Graeca, Vol. XLI, col. 888).

Saint Epiphane continue : "Beaucoup pourrait être dit sur le degré de perfection avec lequel les Pères, ou plus précisément Dieu lui-même via les Pères, fixa pour l'Eglise la véritable et correcte célébration de la plus élevée et plus sainte des Fêtes, de telle sorte qu'elle puisse être célébrée après l'équinoxe et que nous ne célébrons pas Pâques le 14e jour [c'est-à-dire ne célébrons pas Pâques avec les Juifs au moment de leur propre fête- note de l'auteur]


Saint Cyrille d'Alexandrie et Saint Proterios

Parmi les nombreux Pères qui traite de la Paschalie, nous devrions aussi mentionner Saint Cyrille d'Alexandrie, qui écrivit la chose suivante dans son épître à Saint Léon, le Pape orthodoxe de Rome : « Examinons attentivement ce que le Synode de Nicée a décrété au sujet du calcul des 14 lunes de chaque mois du cycle de 19 ans ; car pour tout synode qui surviendrait, il a été décrété qu'aucune Eglise ne pourrait faire la moindre chose en contradiction avec la résolution convenue au Concile de Nicée sur Pâques » (Migne, Patrologia Latina, Vol. LIV, cols. 604-605).

Le successeur immédiat de Saint Cyrille, le Saint Martyr Proterios (qui fut cruellement tué par les Anti-chalcédoniens en 457) évoque la question de la date tardive de Pâques de l'année 455. Il attire l'attention sur le fait que, vu que cette année la Pâque juive tombait un dimanche, le 17 avril, la Pâque du Christ devrait être déplacée au dimanche suivant, le 24 avril, « en conservant l'usage de nos Pères » (Migne, Patrologia Latina, Vol. XLIV, col. 1089). Saint Proterios veut dire par « nos Pères », ici, les Saints Pères du Concile de Nicée au sujet desquels il dit plus tard : « Quand nos Saints Pères parmi les plus bénis fixèrent le cycle inviolable des 19 années, ils établirent ce mode de calcul ni en accord avec les outils ignorants et ineptes des Juifs de l'époque ni en accord avec la sagesse fausse des gentils ; les Saints Pères furent plutôt guidés par la Grâce de l'Esprit Saint et soigneusement prient en compte les 14 lunes pascales dans le cours du cycle de 19 ans déjà mentionné » (ibid., col. 1091).


Saint Maxime le Confesseur

Quelques siècles plus tard, Saint Maxime le Confesseur perfectionna le cycle pascal de 19 ans en multipliant 19 par 28 (la période après laquelle un date spécifique du calendrier retombe sur le même jour de la semaine, c'est-à-dire au dimanche). Cet élargissement du cycle pascal est connu sous le nom de Grande Indiction, un cycle répétitif de 532 années (19X28=532) indiquant les dates de Pâques pour chaque année. Au chapitre 14 de son remarquable travail, A Short Clarification of the Redeeming Pascha of Christ our Lord -une courte clarification sur la Pâques rédemptrice - (Migne, Patrologia Graeca, Vol. XIX, col. 1232), Saint Maxime remarque de même : « Nous qui sommes, par la Grâce rendus dignes de garder la Pâques du Christ, avec le pain sans levain de la sincérité et de la vérité [I Corinthiens 5 :8] autorisons le passage d'un jour [pour célébrer Pâques] quand le 21 mars tombe un samedi et que ce samedi est le 14e jour du mois lunaire. Si le 18 avril tombe un dimanche et que ce dimanche est, selon le calendrier juif, le 14e jour du mois lunaire, alors nous autorisons le passage de 7 jours avant la célébration de Pâques. C'est parce que, pendant les 25 jours entre le 22 mars et le 25 avril, le jour de la Pâque rédemptrice doit être célébré, conformément aux canons, pas avant la première date [le 22 mars] ni après la dernière [25 avril], en vertu des règles de l'Eglise et de la tradition concernant ces dates ». La pascalie d'Alexandrie suit ces mêmes dates jusqu'à nos jours, de même que l'interdiction absolument claire dans les commentaires de Saint Maxime contre la célébration de la Pâques du Christ le même jour que la Pâques juive.


D'après toutes les sources patristiques que nous avons citées, il ressort de façon évidente que les arguments mis en avant par l'Archevêque Pierre et les autres autorités en rapport avec le sens de l'interdiction canonique de célébrer Pâques en même temps que la Pâque juive ne sont pas valables. Il y a deux raisons apparentes à la myopie académique des ces orthodoxes qui traitent les règles patristiques pour la célébration pascale avec si peu d'importance. Premièrement, et cela est bien connu, l'adoption du calendrier révisé (c'est-à-dire, papal) par maintes églises orthodoxes dans ce siècle au cours de ce siècle [le 20e siècle] était motivé par des considérations oecuménistes : une tentative de faire coïncider la célébration des fêtes chrétiennes au même moment dans l'ensemble du monde chrétien. De cette façon, cela créerait une impression d'unité, minimisant les raisons réelles de la séparation, à savoir des questions de croyance et de piété. Vu qu'une partie des églises orthodoxes suit à présente le calendrier grégorien [Note du traducteur : uniquement pour les fêtes fixes, à l'exception de l'Eglise de Finlande qui l'intègre aussi dans sa paschalie], il reste aux oecuménistes à renverser la Paschalie orthodoxe, qui est une des entraves majeurs à l'union oecuméniste. De là, les tentatives naturelles mais trompeuses des orthodoxes innovateurs pour réduire de façon progressive le témoignage unanime des Pères sur cette question, que ce soit par des mauvaises interprétations délibérées des textes grecs des synodes qui  établirent la formule pour déterminer la date de Pâques, ou simplement en ignorant les témoignages des Pères.


Deuxièmement, les innovateurs oecuménistes ne cherchent pas seulement à soumettre le christianisme orthodoxe à l'hétérodoxie mais ont aussi comme objectif un monde oecuménique dans lequel Chrétiens et non chrétiens mettraient de côté leurs différences. Ainsi, ils trouvent antisémite et vieux jeu nos objections orthodoxes de célébrer les fêtes avec les Juifs, qui ont rejeté le vrai Messie mais ont aussi désiré sa mort et ont arboré durant les siècles un mépris pour le christianisme orthodoxe. Les innovateurs se sont faits les avocats du politiquement correct et ont été influencés par les théologiens catholiques romains, qui ont à grand cri, excusé les Juifs d'une complicité dans la mort du Christ fermant les yeux sur les mots de la Sainte Ecriture et les enseignements de Pères. Notre foi bien sûr n'est pas antisémite ou basé sur la haine d'un peuple quelconque. Mais elle est fondée sur, et ancrée dans un ferme engagement à reconnaître le caractère unique du Christ, la primauté de l'Eglise orthodoxe et dans le maintien absolu de la Sainte Tradition que les Apôtres nous ont transmis. Il est impensable dans ces conditions que nous cherchions une unité en matière de fête en faisant fi d'une unité en matière de foi ; que nous célébrions nos Fêtes conformément à un calendrier institué par un « évêque » (le Pape de Rome) séparé de l'Eglise orthodoxe ; et que nous célébrions la Résurrection du Christ en même temps que la Pâque de ceux qui non seulement rejettent le Messie mais lui manque de respect. Voilà donc, en matière d'innovation sur ce sujet important qu'est le calcul de la date de Pâques.

Publié dans orthodoxie-libre

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