L’affaire Nicolae Corneanu du Banat ou le triomphe du nouvel uniatisme

Publié le par Theophylactère

Le 25 mais dernier, le métropolite Nicolas du Banat, à la surprise générale, communiait lors d'une messe gréco-catholique à Timisoar, en présence du nonce apostolique. Nous croyons être le premier blog de langue française à avoir publié cette nouvelle. Par bonheur, en dépit d'un silence surprenant des instances officielles et semi-officielles orthodoxes en France et dans le monde francophone, d'autres sites ont relayé l'information, l'accompagnant de commentaires fort intéressants. On peut ainsi citer le site moinillon.net, le forum-orthodoxe.com, ou encore le blog Saint Materne (message en date du 28 mai 2008).


Cette communion scandaleuse révèle la progression victorieuse du nouvel uniatisme. Qu'est-il réellement ? L'ancien uniatisme est connu de tous. C'est celui des siècles passés, par lequel des orthodoxes, se faisaient catholiques tout en obtenant la permission de conserver le rite byzantin. Ainsi, ils ne lisent pas le Filioque mais sont tenus d'y croire, de même qu'ils doivent croire à tous les dogmes latins... Ainsi virent le jour des communautés gréco-catholiques ou plutôt uniates en Roumanie, Ukraine, Russie, Bélarussie, au Liban et en Syrie. Une telle stratégie avait au moins un avantage : elle ne laissait place qu'à très peu d'ambiguïté. Les Uniates se séparaient de l'église orthodoxe pour rejoindre la papauté. La ligne de démarcation était claire, nette et précise (même si le fait que les uniates conservent le rite byzantin est un moyen de séduire les orthodoxes, comme si l'orthodoxie se résumait à un rite...).


Puis avec l'essor de l'œcuménisme est né un nouvel uniatisme qui n'est pas sans rappeler  l'entrisme. En politique, on appelle l'entrisme le fait pour un groupe de personnes de noyauter un parti ou une organisation en parvenant à des postes de direction pour le faire évoluer faire les positions partagées par ce même groupe de personne.Dans l'article paru sur le site www.uncutmountain.com et disponible en anglais ici, le Père Peter (Heers probablement)   résumait le nouvel uniatisme de la sorte.


« Et cependant, les nouveaux uniates, quoiqu'ils ressemblent beaucoup à leurs prédécesseurs, diffèrent d'eux sur un point très important. Au lieu de quitter la communion de l'Eglise et de s'unir avec l'hérésie, ils demeurent en son sein afin d'attirer dans leur voie, si possible, le corps entier des fidèles. Leur premier objectif est de faire accepter aux pieuses personnes que la papauté est la véritable église de l'ouest, quand bien même elle ne se repentirait pas. Si cela est fait, la bataille est presque gagnée. La pleine communion nécessite simplement de réarranger l'échiquier. Au-delà de la reconnaissance des « églises-sœurs », toute une série de solutions permettant de sauver la face se présente, depuis la reconnaissance mutuelle des baptêmes, et par voie de conséquence de tous les mystères [Note du traducteur : que les catholiques appellent sacrements], jusqu'à un reclassement des dogmes de l'infaillibilité pontificale et de la primauté universelle du pape parmi les théologoumènes. [Note du Traducteur : le théologoumène est une opinion théologique qui ne fait pas de celui qui la professe un hérétique et que nul n'est tenu de croire] »


On note d'emblée la justesse des propos de l'auteur. Les uniates de l'intérieur ont opté pour la politique des petits pas et ce depuis les années 20. Chacune de ses avancées était l'occasion de transgresser un ou des canons de l'église orthodoxe. Ainsi, les prières communes se sont banalisées, la célébration à l'église de mariages mixtes également (à ce sujet, vous pouvez lire les deux articles publiés sur ce blog ici et ici) et les bénédictions communes à la foule de fidèles concluent quasiment tous les célébrations oecuméniques Puis, on en est venu à reconnaître le baptême des uns et des autres... Il restait un dernier verrou à faire sauter : l'intercommunion...


Nicola du Banat l'a fait au vu et au su de tous... Certes, il est de notoriété commune qu'en certains lieux, dans certaines paroisses, l'on ferme les yeux sur la provenance ecclésiastique des communiants. Certains orthodoxes ne se cachent pas non plus de communier dans des églises catholiques, en France, en Argentine et ailleurs... Et le clergé orthodoxe qui leur donne également la communion ne l'ignore pas... Néanmoins, un palier est franchi. L'acte est l'œuvre d'un évêque (et non d'un simple fidèle) et s'est accompli sous les yeux des photographes voire des caméras (il existerait une version filmée).


Nos nouveaux uniates ont tellement bien poussé les pions qu'ils sont sur le point d'obtenir une promotion. Au jeu d'échecs, le pion qui parvient sur la dernière ligne se transforme en une pièce majeure (souvent en dame) : c'est ce qu'on appelle une promotion. Pour les amateurs de jeu de dames, nous dirions que nos nouveaux uniates sont à deux doigts d'aller à dame, ou à un mètre de la ligne d'essai si l'on préfère la comparaison rugbystique.


En effet, l'absence de sanction sérieuse -à savoir de déposition du métropolite Nicolas du Banat car il s'agit de la peine canonique prévue-  constituerait une incitation à établir une communion de facto avec les latins. Bien des fidèles peu au fait des questions dogmatiques -et Dieu sait s'ils sont nombreux-  pourraient tomber dans le piège et prendre pour exemple Nicolae (Corneanu) du Banat, voire se réclamer de lui. Les latins ne demandent pas mieux car cela serait le prélude pur et simple à une absorption en douceur de l'Eglise orthodoxe. On imagine déjà l'usage qu'ils pourraient faire de ce geste auprès des orthodoxes immigrés en Europe occidentale : ce serait l'occasion de les attirer vers des églises uniates généreusement dotées de locaux et dépendant de l'évêque catholique du lieu. Une telle stratégie est déjà à l'œuvre en Espagne où dans chaque ville disposant d'une importante communauté orthodoxe, l'évêque latin du lieu ouvre également une paroisse desservie par un prêtre uniate.


Mais une telle sanction viendra-t-elle du Patriarcat de Roumanie? Saura-t-il gérer cette crise? Nous pouvons en douter car son communiqué est des plus tièdes, se contentant de reporter l'examen de cette question à juillet prochain, lors de la réunion du synode. On peut comprendre le désir de ne pas agir dans la précipitation. Toutefois, l'on peut s'étonner du fait que Nicolae (Corneanu) du Banat ne soit guère suspendu à titre provisoire le temps de mener une enquête et de prendre une décision. Cela implique que concrètement, jusqu'à une éventuelle et hypothétique déposition, ce métropolite sera commémoré, sera autorisé à célébrer les mystères orthodoxes après avoir communié chez les uniates. La composition du synode incite également au pessimisme. Les évêques oecuménistes semblent constituer une majorité avec à leur tête le Patriarche Daniel lui-même, ancien uniate d'après certaines sources et qui aurait d'ailleurs pour père spirituel... Nicolas du Banat...


Peut-on espérer un sursaut populaire, une protestation de la masse des fidèles? En effet, dans l'orthodoxie, la théologie n'est pas qu'une affaire de théologiens diplômés ou d'évêques; le « peuple royal » est également tenu de défendre la foi quand elle est menacée. Il est à craindre que non, hélas. Les tenants de la « tradition » au sein du Patriarcat de Roumanie semblent minoritaires. D'ailleurs, à en croire un de nos correspondants en Roumanie, les protestations demeurent assez faibles, en provenance des milieux « conservateurs » (ce mot ne revêt aucune nuance péjorative). La stratégie des nouveaux uniates consistant à inoculer le poison oecuméniste par doses successives et croissantes semble avoir fonctionnée. Les fidèles, accoutumés au poison, ne réagissent plus guère. Se rendent-ils compte d'ailleurs qu'il s'agit d'un poison?


Ce même correspondant nous indiquait aujourd'hui même que les évêques oecuménistes pourraient mettre à profit des protestations au sein du clergé pour mettre les récalcitrants au pas, en les reléguant dans des monastères ou paroisses isolés. Nous demeurerons à l'écoute des prochains développements et ne manqueront pas de vous en faire part.


Vous pouvez commenter cette information sur notre forum (inscription obligatoire pour pouvoir participer).

 


Publié dans orthodoxie-libre

Commenter cet article

essays 01/02/2011 10:16



As I can see you worlked hard on this project, I am getting so proud of you guys!