L'affliction selon Saint Nicodème l'Hagiorite

Publié le par Theophylactère

Après la contrition, peine parfaite du cœur, Saint Nicodème, dans son Manuel de la Confession (que l'on peu commander ici; il est publié en anglais), décrit l'affliction.



« Liée à la contrition, se trouve l'affliction qui est également une peine imparfaite du cœur ; elle advient non parce qu'une personne a déçu Dieu par ses péchés, mais parce que cette personne a été privée de la grâce divine, parce qu'elle a perdu le Paradis et gagné l'enfer. Cette affliction est celle de ceux qui ne sont pas parfaits, c'est-à-dire des ouvriers et des esclaves, car elle ne provient pas de l'amour de Dieu, mais de la crainte et de l'amour de soi-même ; ainsi un ouvrier se repent car il craint de perdre son salaire et un esclave se repent car il redoute la punition de son maître. [...]


Alors, Frère, afin d'acquérir aussi l'affliction, vois combien de mauvaises choses les péchés t'ont apporté.


1) Vois comment ils t'ont fait perdre les grâces surnaturelles que Dieu t'a accordé en cette vie : la grâce de la justification, la grâce de la filiation, celle d'être le lieu où Il demeure, et toutes les autres; une seule d'entre elles est plus précieuse que tous les titres de noblesse, que toutes les sagesses, que toutes les beautés, et que tous les pouvoirs. En bref, même un seul degré de ces grâces est plus précieux que tous les dons de la nature, plus précieux que les biens ayant le plus de valeur au monde, comme le dit Salomon : « car tout l'or du monde n'est auprès d'elle qu'un peu de sable, et l'argent, à côté d'elle, doit être estimé comme de la boue. » (Livre de la Sagesse 7 :9).


2) Considère comment les péchés t'ont fait perdre la bénédiction éternelle du Paradis, la joie et la vision de Dieu, la vision de la très douce Déipare, la Mère de Dieu et Mère de tous les Chrétiens, la compagnie des anges et celle des Saints, la joie ineffable, le royaume céleste, le repos éternel, la lumière éternelle, et simplement, toutes les choses bonnes qu'aucun œil n'a vu, que nulle oreille n'a entendu, qu'aucun esprit humain ne peut saisir (cf I Corinthiens 2 :9). Les péchés t'ont fait échangé toutes ces choses bonnes contre un plaisir petit, amer et confus. Les péchés t'ont fait mépriser toutes ces choses bonnes -tu les as considérées comme si elles n'étaient rien-, tout comme ces Juifs méprisaient Jérusalem, l'antétype du Paradis : « Ils méprisèrent un pays enviable » (Psaume 105 :24).


3) Considère comment les péchés t'ont apporté l'enfer éternel, le feu inextinguible, les grincements des dents, le ver infatigable, le tourment de tous les membres de ton corps et de toutes les facultés de ton âme, l'enfer où il y a toujours ces choses qui sont abhorrées et aucune chose désirable. Là, tu n'auras jamais le moindre plaisir, tu ne verra jamais un ami, tu ne conversera jamais avec un membre de ta famille, tu ne dormira jamais, et tu n'auras pas de répit, pas même un instant, de la part des ces démons tortionnaires qui te tourmenterons. Pour parler simplement, vois comment les péchés t'ont fait gagné l'éternité des tourments infinis de l'enfer, où le moindre moment est, même après des milliers d'années, comme le sable de la mer ou comme les étoiles du ciel, ou comme les gouttes de la pluie, ou comme les feuilles des arbres, ou comme les atomes de l'air, et ce moment ne passera jamais, jamais : « et il sera tourmenté dans le feu et le souffre, devant les saints anges et devant l'Agneau. La fumée de leur tourment monte au siècle des siècles » (Apocalypse 14 :10-10).


À considérer ces choses, mon bien aimé, ton cœur sera certainement percé de componction et tu acquerras l'affliction (que nous avons mentionnée), ressentant de la peine pour la seule raison qu'à cause de tes péchés, tu as souffert une perte infinie, une blessure que pas même tous les royaumes de la terre ne peuvent compenser de la moindre façon.


Hélas, n'est-ce qu'une petite perte et une légère peine pour toi pauvre pécheur que de perdre Dieu, Qui est le bonheur en plénitude, la joie en plénitude, le désir en plénitude et la satiété en plénitude? Qui est la lumière en plénitude et l'origine de la lumière, la vie en plénitude et l'origine de la vie, la sagesse en plénitude et l'origine de la sagesse ? N'est-ce qu'une petite peine que de perdre Dieu, Dont la beauté surpasse toute beauté, Dont la sagesse surpasse toute sagesse, Dont la douceur surpasse toute douceur, Dont un simple rayon de la gloire, s'il brillait dans l'Hadès, changerait immédiatement l'Enfer en Paradis ?


N'est-ce qu'une petite peine que de perdre le Père sans commencement, le Fils co-éternel et le Très Saint-Esprit, le Dieu unique tri-hypostatique, duquel dérive la beauté de tout ce qui est beau, duquel dérive la lumière de tout ce qui brille, duquel dérive la vie de tout être vivant, duquel dérive la raison de tout ce qui est rationnel, duquel tout ce qui existe dérive son principe d'existence.


En un mot, pauvre âme,  n'est-ce qu'une petite peine que de perdre ton Dieu, Qui est le bien absolu, Qui est ton commencement, ton milieu et ta fin? « Reconnais et vois dit le Seigneur que c'est une chose mauvaise et amère d'abandonner le Seigneur ton Dieu » (Jérémie 2 :19). [...]


9) Pleurer sur les biens du monde est futile


Sache également cela, frère, que tu ne devrais pas t'affliger si, à cause de tes péchés, tu perds un bien naturel ou temporel, qu'il s'agisse de tes enfants, ou de ta femme, ou même de tous les royaumes de la terre, ou même de ta propre vie, car cette peine n'est pas considérée comme de la repentance, mais elle est plutôt vaine et futile et inacceptable pour Dieu. Car Saül aussi se lamenta tant quand il entendit de Samuel qu'il perdrait son royaume et jusqu'à sa vie, qu'il tomba au sol : « Aussitôt Saül tomba par terre de toute sa hauteur » (I Samuel 28 :20), mais en vain. Antiochius en vint à prendre conscience de tout le mal qu'il avait réalisé quand il vit qu'il perdrait et son royaume et sa vie par une mort douloureuse, mais en vain comme le dit l'Ecriture : « Alors, le scélérat fit un vœu au Seigneur » (II Macchabées 9 :13). Je conclus en disant que pleurer sur les biens du monde et les biens temporels est non seulement futile pour le pécheur, mais aussi, le conduit à la mort : « La tristesse du monde produit la mort » (II Corinthiens 7 :10).


Publié dans orthodoxie-libre

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