Quel(s) évêque(s) commémorer lors de la liturgie?

Publié le par Theophylactère

Combien d’évêques commémorer lors de la liturgie? Cet article écrit par un métropolite du Patriarcat œcuménique répond à la question en insistant notamment sur les implications ecclésiologiques et canoniques de la chose. Originellement rédigé en grec, puis traduit en espagnol, le voici à présent en français. Cette version est établie à partir sa consoeur espagnole et n’intègre pas les notes en bas de page.

 

 

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La commémoration du nom de l’évêque durant la Divine Liturgie

 

 



Par le Métropolite Pantaleón (Rodopulos) de Tiroloa et Serencio



"Ces dernières années, on a observé de la confusion au sein de certaines communautés orthodoxes, et y compris au sein de certaines Eglises locales au sujet de la commémoration durant la Divine liturgie – et par extension durant tous les autres saints offices- du nom de l’évêque local ainsi que des noms du principal évêque de la province, le métropolite, et du principal évêque d’une région, le patriarche ou le primat d’une Eglise autocéphale (1)

Cette confusion s’observe spécialement au sujet du nombre de hiérarques qui doivent être commémorés. Doit-on commémorer un ou deux évêques durant la Divine liturgie et dans les diptyques ? (2) Nous traiterons ce thème plus tard, mais il convient de signaler d’emblée que cette commémoration n’est pas une question de courtoisie et d’éducaton, mais une question liturgique et canonique, et par conséquent, également ecclésiologique.

En accord avec la tradition liturgique « byzantine » (qui inclut tous les éléments basiques de la tradition liturgique antiochienne et qui s’était imposée voilà des siècles dans tout l’Orient tout comme la tradition liturgique romaine s’est imposée en Occident (3)), les prêtres et les diacres qui célèbrent commémorent l’évêque de l’Eglise locale aux endroits prévus. Mais si l’évêque venait à célébrer, celui-ci commémore dans les diptyques le principal évêque de la province, le métropolite, tandis que celui-ci commémore le patriarche, principal évêque de la région. Un archevêque qui n’est pas primat d’une église autocéphale, mais qui est autocéphale par rapport au métropolite, principal évêque de la province, commémore uniquement le patriarche dont il dépend directement sans inclure le nom du métropolite (5).

Durant la Divine liturgie, le nom du hiérarque local est commémoré à voix haute par le diacre dans la Grande litanie au début de la Divine liturgie et dans la Litanie ardente, après les lectures et avant la divine Eucharistie, tandis que les catéchumènes sont encore présents parmi les fidèles. Après la consécration des vénérables Dons, le prêtre qui célèbre commémore l’évêque local au nom duquel il célèbre la Divine liturgie et duquel il dépend canoniquement, aussi bien lui que toute l’assemblée eucharistique. Si l’évêque lui-même préside l’assemblée eucharistique, il commémore à cet endroit le principal évêque de la région, le métropolite – “Souviens-toi en premier lieu, Seigneur, de notre archevêque...”- avec lequel il est en communion mystérique et donc canonique et sous la présidence duquel il officie.

Si le métropolite préside la Divine liturgie, il commémore le principal évêque de la région, le patriarche ou le primat d’église autocéphale à laquelle il appartient. En d’autres mots, le primat avec lequel il est en communion mystérique et donc canonique et sous la présidence duquel il sert.

Si le patriarche ou primat d’une église autocéphale préside la Divine liturgie, il commémore “tout l’épiscopat de tous les orthodoxes”, et suite à cela le diacre, “devant les portes”, récite les diptyques. En d’autres mots, [le diacre] commémore les autres premiers hiérarques des Eglises dans l’ordre de préséance – c'est-à-dire, les patriarches et primats des Eglises autocéphales avec lesquelles le patriarche ou primat qui célèbre est en communion mystérique ou canonique. De cette façon, la canonicité de l’assemblée eucharistique particulière, la canonicité des patriarches et archevêques-primats commémorés et la catholicité de l’assemblée sont déclarées et confirmées.

Dans la Litanie majeure et la Litanie ardente, la commémoration de l’évêque par le diacre est une supplication et une supplication de l’Eglise locales pour l’évêque, et pas seulement pour lui, mais aussi pour la paix du monde entier, pour le clergé et le peuple; pour les souverains et, en général, pour ceux qui exercent l’autorité, pour la ville, la paroisse ou le monastère où se célèbre la divine liturgies; pour des saisons clémentes; pour l’abondance des fruits de la terre; pour les défunts; pour ceux qui apportent des fruits, travaillent et chantent dans l’église ; et pour le peuple de l’assemblée eucharistique en général. De cette façon, l’unité de toute l’Eglise, des vivants et des défunts, s’exprime en prière et supplication, et en temps et en lieu.

Après la consécration des Dons, la commémoration de l’évêque, du métropolite ou du patriarche et la commémoration de tous les primats dans les diptyques est certainement une prière et une supplcation, mais elle contien également une dimension canonique très nette. C'est-à-dire, comme nous l’avons signalé plus tôt, que [cette commémoration] constitue une confirmation publique de la canonicité et de la catholicité de l’assemblée eucharistique particulière, qui se trouve en communion avec l’évêque canonique, ou le métropolite canonique, ou le patriarche ou primat canonique d’une Eglise autocéphale, ou avec tous les primats canoniques des Eglises locales, si le célébrant est lui-même le primat d’une église locale patriarcale ou autocéphale.

En accord avec l’ecclésiologie orthodoxe et son enseignement canonique, le prêtre et le diacre qui célèbrent commémorent un seul évêque, leur propre hiérarque, sous la présidence duquel ils servent. Il n’est pas possible qu’il y aie deux évêques ou plus dans une même ville en tant que présidents de l’assemblée eucharistique : “qu’il n’y aie pas deux évêques dans une même ville“(6) [Canon VIII du Premier concile œcuménique]. De même, les évêque d’une province commémorent un seul évêque principal : le métropolite, président du synode provincial. De la même manière, les métropolites commémorent une seule personne : l’évêque principal de la région à laquelle ils appartiennent, le patriarche ou primat d’une Eglise autocéphale. Il ne peut y avoir deux évêques principaux dans la juridiction géographique canonique d’une Eglise patriarcal ou autocéphale, et les deux ne peuvent être commémorés. Ceci serait anti-canonique et ecclésiologiquement erroné. “Ce qui a été ordonné pour les prêtres, évêques et métropolites est aussi approprié pour les patriarches. De tel façon que qi un prêtre, évêque ou métropolite osait se séparer de la communion avec son propre patriarche et cesser de commémorer son nom à l’endroit indiqué et ordonné dans la Divine Mystagogie […] le saint Concile a ordonné qu’il soit entièrement déposé de tout office sacerdotal “(7) [Canon XV du Concile de Prime-Second]."

 

Publié dans orthodoxie-libre

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