Obligations professionnelles et vie spirituelle (1/2)

Publié le par Theophylactère

Ce texte est extrait de l’ouvrage de Saint Nicodème l’Hagiorithe, « Moralité chrétienne », publié en anglais sous le titre « Christian morality » par l’Institut pour les Etudes byzantines et de grec moderne. Ce livre contient un ensemble de 13 discours de haute tenue rédigés par le saint. Notre passage vient Discours VIII intitulé : « Concernant le fait que tous les artisans chrétiens devraient accomplir leur tâche de façon agréable à Dieu et sans aucun vice ». Même si Saint Nicodème évoque les professions de son temps, ses enseignements ont une valeur intemporelle et s’appliquent  également à nos jours, notamment dans cet extrait où ils nous rappellent que nos obligations professionnelles ne doivent pas nous accaparer au point de nuire à notre vie spirituelle. (P267-270)

 

Les artisans ne devraient pas être trop attachés à leur travail ; il convient que les chrétiens se rendent à l’église deux fois par jour.

Prenez garde, chers frères, à ne pas développer un attachement et un amour de votre travail qui vous conduirait à faire considérer vos occupations professionnelles comme plus importante que de vous rendre à l’Eglise de Dieu pour prier ; car de même que des mains oisives sont une mauvaise chose, un attachement excessif à son travail l’est également. Il y a le manque et l’excès et aussi bien le manque que l’excès viennent des démons, comme le disent les Saints Pères. Les Chrétiens sont obligés d’aller à l’Eglise pour prier le matin et le soir, mais plus encore les dimanche et jours de fête, comme l’indiquent les Saints Apôtres :


« Ô Evêque, quand tu instruis les gens, ordonne-leur et exhorte-les à être présent à l’Eglise matin et soir, chaque jour, et de ne pas s’absenter du tout, mais à se réunir continuellement… Et le jour de la Résurrection de Notre Seigneur, qui est le jour du Seigneur, qu’ils se réunissent avec plus de diligence, donnant la priorité au verbe de Dieu plutôt qu’aux soins de cette vie » [Constitutions apostoliques, Livre II, chapitre 59].

Cependant, de nos jours, à l’aube, les artisans chrétiens ne vont pas prier comme ils le devraient afin de recevoir par la prière l’assistance divine mais, méprisant la prière, ils se précipitent dès le point du jour vers leur lieu de travail. En effet, marchands et commerçants se concurrencent pour être le premier à ouvrir leurs échoppes et à exposer leurs marchandises, de peur que quelqu’un d’autre ne les devance et ne leur fasse perdre leurs clients et acheteurs. De façon similaire, les acheteurs, de peur quelqu’un ne les devance et n’achète ce dont ils ont besoin, quittent l’Eglise et se précipitent dans les magasins, chose désordonnée, atroce et étrangère aux Chrétiens, qui peina au plus haut point Saint Grégoire de Nysse, le troubla et le conduisit à dire :


« La majorité des gens néglige et méprise dans leur vie l’ouvrage sacré et Divin de la prière… Le commerçant se lève tôt pour les affaires, s’efforçant d’exposer ses produits aux acheteurs potentiels avant ses concurrents, prenant de l’avance sur les autres afin d’être le premier à répondre aux besoins du client et à vendre ses produits. De même, l’acheteur, afin de ne pas manquer de ce dont il a besoin en étant devancé par un autre se précipite non pas à l’Eglise, mais au marché. Il en est ainsi de l’artisan, du rhétoricien, des parties engagées dans un procès,  du juge : il se consacre entièrement à sa tâche, oubliant le travail de la prière » [Homélie 1 sur la Prière du Seigneur]


Alors qu’ils sont dans leurs ateliers tout le jour à travailler, ces chrétiens ne prennent pas le temps, juste avant le coucher du soleil, de se rendre à l’Eglise pour prier Dieu et le remercier d’avoir traversé le cours de la journée ; à l’inverse, considérant la prière comme une activité nullement profitable, ils travaillent jusqu’à la tombée de la nuit, s’y consacrant pleinement et mettant leur espoir, non en Dieu, mais dans leurs occupations et dans leur mains, comme le dit le Divin Grégoire :

« Car celui qui est trop attaché à son métier admet que l’assistance divine est une chose inutile et inefficace pour la tâche qu’il accomplit. Laissant la prière de côté, il met son espoir dans ses mains, oubliant Celui qui lui a donné ses mains » [Homélie 1 sur la Prière du Seigneur]


Hélas, quelle grande erreur, quelle ignorance ! Artisans chrétiens, quelle est donc ce grand enthousiasme et cette dévotion que vous avez pour votre métier ? Pourquoi passez-vous toute votre vie à vous soucier uniquement de votre corps corruptible et des choses du temps présent alors que vous n’accordez pas le moindre temps aux soins de votre âme immortelle et des choses à venir ? Ne savez-vous pas que c’est le propre des impies, et non des chrétiens, de passer toute leur vie attachés aux choses corporelles et terrestres. Car Job dit : « Les jours de l'impie se passent dans l'inquiétude» [Job 15 :20]. Interprétant cela, Saint Nil dit :


« Il est en effet impie de consacrer sa vie entière à s’inquiéter des choses du corps et de ne consacrer aucun effort aux choses à venir ; de dédier tout son temps au corps, alors qu’il ne requiert pas tant d’attention, et de ne pas consacrer le moindre moment à l’âme qui a une telle capacité d’amélioration qu’une vie entière ne lui suffit pas à atteindre la perfection » [Discours ascétique, chapitre 67, Patrologia Graeca, VOL LXXIX, col. 801A].


Que sont  donc cette froideur et cette tiédeur que vous avez à l’égard de la prière ?

 

En conséquence, il y a deux options : si vous espérez assurer vos besoins grâce à votre enthousiasme et pourvoir aux besoins de votre foyer sans l’aide de Dieu, vous êtes assurément obtus et dans l’erreur. Que dis-je ? Vous êtes l’objet de la colère divine et maudit, comme le proclame le prophète Jérémie : « Maudit soit l'homme qui se confie en l'homme, Qui fait de la chair son bras, Et dont le coeur se retire du  Seigneur!» [Jérémie 17 :5]. Car étant donné que vous êtes un homme et que vous mettez votre espoir en vous-mêmes, l’on peut en conclure que vous êtes maudits, selon le Prophète, car vous espérez dans l’homme. Si, cependant, vous croyez que sans l’aide de Dieu l’homme ne peut rien et que tout effort humain et tout acharnement sont vains, comme le dit le Seigneur – « Sans moi vous ne pouvez rien faire » [Jean 15 :5]-, pourquoi êtes-vous négligents au lieu de vous précipiter pour recevoir cette assistance divine matin et soir ? Ne savez-vous pas que lorsque la prière est offerte au début et à la fin de la journée, toutes nos tâches quotidiennes et tous nos ouvrages et tous les travaux que nous accomplissons de nos mains s’opèrent facilement, correctement et pour notre profit ?

Publié dans orthodoxie-libre

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