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orthodoxie-libre

Vendredi 4 novembre 2005

Bienvenue sur le blog Orthodoxie libre qui fait ses premiers pas... Cette journée est essentiellement consacrée à la résolution des petits problèmes techniques, passage obligé pour des néophytes comme nous... Afin de vous aider à passer le temps, dans l'attente de notre premier article, qui ne devrait guère tarder, nous vous convions à un cocktail convivial mais hélas, entièrement virtuel... Le champagne est à volonté.

Par Theophylactère
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Vendredi 4 novembre 2005

Nous sommes heureux de publier notre premier article le lendemain de l'inauguration, respectant ainsi les délais que nous nous étions fixés... Le blog débute donc son existence normale. Nous nous excusons pour les soucis de mise en page et tenterons de les résoudre au plus vite.  

Certains usages liturgiques au sein de l’orthodoxie font l’objet d’un débat quasi permanent. C’est notamment le cas de tous ceux qui prétendent instaurer des liturgies plus participatives. Adorés par les uns, vilipendés par les autres, ils laissent rarement indifférents. Il est donc intéressant de s’interroger sur leur opportunité : remplissent-ils la fonction qui leur a été assignée tout en respectant l’esprit de l’orthodoxie ? Nous étudierons successivement les raisons qui ont poussé à leur établissement, envisagerons les réserves qu’ils soulèvent avant de nous interroger sur la façon idoine d’intégrer le peuple royal à la célébration liturgique.

Une participation réelle des fidèles à la liturgie implique nécessairement que ces derniers ne soient guère relégués au rang de simples spectateurs

A une conférence orthodoxe, une dame présente dans l’assistance interrogea le conférencier sur l’usage de lire les prières secrètes, notamment celles du canon eucharistique, à haute voix, ou à voix basse. Elle ajouta dans la foulée, que ne guère entendre ces prières lui causait une affliction certaine. Dans un autre contexte, une autre dame, commentant les usages dans une paroisse de sa région s’indigna : « Les portes royales sont toujours fermées et c’est tout en slavon ». A l’inverse, d’autres personnes, s'offensnt parfois d’entendre ces prières eucharistiques ou d’avoir une vue ininterrompue sur le sanctuaire. A ne pas en douter, deux camps s’opposent, souvent désignés de façon un peu rapide, par les termes « moderniste » ou » « traditionaliste ». Les premiers plaident en faveur d’iconostase de taille réduite, avec une ouverture quasi permanente des portes et pour des prières secrètes prononcées à haute voix. Les seconds crient au scandale à la simple évocation des ces faits. 

Par ces modifications, les « modernistes » (nous les appellerons ainsi par facilité, en ne retenant pas la connotation un rien dépréciative du mot, et il en sera de même pour l’épithète « traditionaliste ») entendent favoriser la meilleure participation du peuple royale à la Divine liturgie. Une tel désir est des plus justifié : la liturgie ne se conçoit en aucun cas comme un acte isolé des célébrants, assistés d’acolytes et d’un chœur chargé de « l’animation musicale ». Les fidèles n’assistent donc pas à une sorte de spectacle duquel ils seraient exclus. La Divine liturgie est au contraire l’acte qui réunit l’Eglise entière, anges et humains, dans une action commune… Ne chante-t-on pas dans la deuxième partie de l’hymne des Chérubins : « Afin de recevoir le Roi de l’Univers, escorté invisiblement des armées angéliques, Alléluia, Alléluia, Alléluia » ? Il serait réellement dommage, alors que toute l’Eglise se trouve ainsi réunie, que les fidèles se sentent exclus. Il en a donc résulté certains « aménagements » liturgiques. 

Dans certains cas, les Portes royales demeurent ouvertes tout le long de la liturgie, quand on ne les a pas simplement démontées. Je connais même le cas amusant d’une paroisse parisienne dans quinzième arrondissement (Saint Séraphin de Sarov) où l’on a enlevé certains panneaux de l’iconostase afin d’offrir une vue permanente sur la table de la proscomédie. Dans d’autres, plus extrêmes, l’iconostase a purement et simplement disparu. Comme indiqué précédemment, les prières eucharistiques sont audibles de tous. Cela s’apparente à ce qu’on pourrait appeler une co-concélébration quand des fidèles prononcent des paroles de coutume dévolues aux seuls clercs majeurs : lire le nom des personnes commémorées lors de la proscomédie ou encore prononcer le triple amen qui couronne l’épiclèse. Cet inventaire se complète de la lecture par l’assemblée entière de certaines prières, notamment le Notre Père et le Symbole de Nicée. 

De façon fort comique, l’accusation de modernisme et d’innovation volontiers brandie par les contempteurs de ces pratiques s’effondre d’elle-même si l’on se penche sur les témoignages historiques. L’usage était en effet de dire, jusqu’au VIe siècle environ, les prières secrètes de façon audible. Vers cette période, l’Empereur Justinien, par sa Novelle 137, s’inquiéta de l’usage qui se répandait de prononcer ces prières à voix basse, et intima l’ordre au clergé de revenir à l’usage habituel, afin « d’exciter les fidèles à une plus grande componction ». Il ne fut pas entendu à tel point que la pratique des prières secrètes devint la règle. 

L’Empereur ne se trompait pourtant point dans son édit. Ces prières secrètes, à l’instar de toutes les prières de l’Eglise sont inspirées, et comportent une dimension pédagogique et catéchétique manifeste. Ils contiennent l’enseignement de l’église. Ainsi le canon eucharistique de Saint Basile résume magnifiquement l’histoire du salut. Il est donc dommage que pendant si longtemps les fidèles n’en aient guère eu connaissance.

En effet, ce n’est que vers la fin de XIXe siècle en Russie que des voix s’élevèrent pour demander un retour à l’usage antique à des fins pédagogiques, mais également spirituelles comme l’avait fait auparavant l’Empereur Justinien. Le Saint Patriarche Tikhon penchait pour une telle option. Les troubles qui saisirent la Russie ne permirent pas véritablement d’expérimenter ces propositions. Aussi, se développèrent-elles essentiellement au sein des communautés orthodoxes en Europe occidentale et aux Etats-Unis… même si l’on observe des pratiques très diverses dans les paroisses de ces pays. 

L’iconostase figure également parmi les éléments absents originellement des églises. On peut en voir une préfiguration dans la balustrade qui semble apparaître au IVe siècle, séparant le sanctuaire de la nef, et qui, progressivement prit de la hauteur, se couvrant d’icônes. Sa suppression ou son allègement s’apparente donc également au retour au christianisme originel (du point de vue liturgique).

Il faut toutefois signaler, de façon assez étrange, qu’y compris chez les partisans de telles réformes, celles-ci ne sont que très rarement menées intégralement. Le plus souvent l’iconostase demeure, il est vrai, considérablement allégée ou ouverte, de façon à ce que le fidèle puisse observer les évolutions du clergé dans le sanctuaire. Quant aux prières secrètes, il est surprenant de constater que toutes ne sont pas prononcées à voix haute. La Divine liturgie en comporte en effet un nombre considérable, au-delà du canon eucharistique : 

1° La première antienne (Bénis le Seigneur Ô mon âme) est précédé d’une prière secrète  

 

2° La seconde ( Fils unique et Verbe de Dieu) s’achève par une prière secrète

3° Pendant le chant des Béatitudes, le célébrant prononce aussi des prières à voix basse ainsi que pendant la petite entrée

4° Pendant le chant des tropaires, le prêtre se prépare au Trisagion par une prière appropriée, également secrète

5° Il en prononce une autre avant la lecture de l’Evangile

6° L’ecphonèse qui conclut l’ecténie pour les catéchumènes donne lieu à une autre prière du même type

7° Avant le Chant des Chérubins, le prêtre lit à voix basse deux prières pour les fidèles 


8° Le chant des Chérubins donne lieu aussi à une prière secrète

9° Suite à la Grande entrée, pendant l’ecténie, vient une autre prière inaudible

10° Nous avons ensuite, l’anaphore qui est la seule prière généralement audible chez les adversaires des prières secrètes, avec les prières suivantes : le memento des vivants (Pour Saint Jean Baptiste…), et le « Souvenez-vous, Seigneur de la ville ou nous habitons… »

11° L’ecténie suivante est entrecoupée par une autre prière secrète 


12°Avant la communion du clergé, le prêtre en prononcera deux autres

13° On note aussi que la communion du clergé s’effectue en silence alors qu’elle comporte maintes prières

14° Après la communion du peuple, prêtre et diacre ont un dialogue, également inconnu des fidèles

15° Le prêtre dira ensuite une prière d’action de grâce avant le « Sortons en paix »

16° A la prothèse, avant de bénir les fidèles interviendra une autre prière secrète. 


Ainsi, la liturgie contient bien des prières secrètes. L’on peut s’interroger, étant donné l’intérêt pédagogique et spirituel de la « divulgation » de ces oraisons, pourquoi cette dernière est-elle limitée à quelques-unes d’entre elle… Est-ce bien logique si l’on veut réellement que les fidèles élèvent leurs cœurs et comprennent le sens du mystère? De façon plus profonde encore, ces usages liturgiques renouent-il fidèlement avec la pratique première de l’Eglise ? 

 

 

Les dispositions visant à introduire une liturgie participative révèlent en fait une mauvaise compréhension de la Tradition de l’Eglise 


Et pourtant, ceci semble à première vue contredire les études historiques qui démontrent l’antériorité des pratiques telles l’absence d’iconostase et la lecture des prières à voix haute. Il convient néanmoins de se placer dans le contexte de l’époque. Par bonheur, le Métropolite Hiérothéos de Naupacte (Vlachos) a réalisé un tel travail dans un brillant article intitulé Secularism in Church, Theology and Pastoral care (le sécularisme à l’Eglise, en théologie et en matière pastorale). En quelques phrases, il nous explique les raisons de l’érection des iconostases et de l’apparition des prières secrètes. 
 

 

« We seek to abolish the iconostasis so that laymen can see the goings-on, without asking for the reason the Church instituted the iconostasis and the secret reading of prayers. These are not independent of the secularization of ecclesiastical theology. St.Maximos the Confessor's teaching and historical research are very revealing on this point. The catechumens cannot pray with the same prayers as the baptized and vice versa. And if we study the teaching of St.Simeon the New Theologian on who the catechoumens really are, we will be able to understand why the Church has instituted the iconostasis and the secret reading of prayers ».  

 

« Nous voulons abolir l’iconostase afin que les laïcs puissent voir ce qui se passe, sans nous interroger sur les raisons de l’institution par l’Eglise de l’iconostase et des prières secrètes. Ces dernières ne sont pas indépendantes de la sécularisation de la théologie ecclésiastique. Les enseignements de Saint Maxime le Confesseur et la recherche historique révèlent bien des choses à ce sujet. Les catéchumènes ne peuvent pas prier avec les mêmes prières que les baptisés et inversement. Et si nous étudions l’enseignement de Saint Syméon le Nouveau Théologien sur qui sont réellement les catéchumènes, nous serons en mesure de comprendre pourquoi l’Eglise a institué l’iconostase et la lecture secrète des prières ».  

 

Et le Métropolite Hiérothéos de Naupacte de poursuivre : 


« As stated before, the existence of the iconostasis should be viewed within this perspective. In older times there were no iconostases just some veils and everyone had a visual communion with the goings-on because the entire holy Temple was a place for the believers, for the true Church members. There was a substantial separation between the Narthex and the main Temple . When someone sinned, he could not attend the Temple nor pray with the believers. Thus there existed a class of repenters who were essentially in the catechumens state. Later though, as a consequence of secularism in faith, those in repentance were allowed in the Temple , but iconostases were erected. » 

 

« Comme indiqué précédemment, l’existence de l’iconostase devrait être vue sous cet angle. Dans les temps anciens, il n’y avait pas d’iconostase, simplement quelques voiles et tout le monde avait une communion visuelle avec ce qui se passait dans le sanctuaire car l’ensemble du Saint Temple était l’endroit réservé aux croyants, aux vrais membres de l’Eglise. Il y avait une séparation substantielle entre le Narthex et le Temple principal. Quand quelqu’un avait péché, il ne pouvait pas entrer dans le Temple, ni prier avec les fidèles. Ainsi existait-il une classe de pénitents qui étaient essentiellement à l’état de catéchumène. Toutefois, plus tard, suite à la sécularisation dans la foi, les pénitents furent autorisés à accéder au Temple mais les iconostases furent érigées ». Et certaines prières devinrent secrètes devrait-on ajouter…  

 

Ce commentaire du Métropolite Hiérothée de Naupacte est attesté par la lecture des canons. Ces derniers indiquent bien que seuls les fidèles non pénitents assistaient à la totalité de la liturgie. Les autres, selon leur statut (catéchumènes, audientes…), devaient se retirer progressivement. De là, vient le terme « messe » : le latin « missae » traduisant les renvois successifs, des païens, des non baptisés, des catéchumènes… L’esprit de ces temps originels est évident : seul assiste et entend l’intégralité de la liturgie celui qui en est digne. Ceci marquait probablement de façon manifeste la sacralité de l’acte accompli, et la nécessité, pour celui qui voulait y participer, de s’y être préparé convenablement. Aussi, quand l’accès à l’église fut ouvert au plus grand nombre, alors que probablement l’état moral et spirituel des nouveaux venus ne dénotait aucun progrès substantiel par rapport aux siècles antérieurs, instaura-t-on ces « barrières », afin de rappeler encore et toujours la nécessité de se purifier afin d’accéder aux Saint mystères (et la liturgie tout entière est un saint mystère).  

L’usage liturgique pour la fête de Pâques confirme cette interprétation. A cette occasion, nous célébrons la victoire du Christ sur la mort, le réconciliation du genre humain avec Dieu, et signe de cela, nous célébrons toutes portes (de l’iconostase) ouvertes, signe que l’accès total au mystère liturgique n’est possible qu’en cas de réconciliation totale avec Dieu. Toutefois, même à l’occasion de ce jour radieux, il ne nous semble pas opportun d’abandonner les prières secrètes. Certes, en tant que membres de l’Eglise et donc de membres du corps du Christ, nous sommes déjà ressuscités avec lui, sans pour autant être entièrement dans le Royaume… C’est là un mystère de « déjà là – pas encore là » insaisissable par la seule raison…

Assurer une participation meilleure des fidèles par les voies évoquées exigerait de revenir également à la discipline antique : renvois successifs (missae), épitimies sous forme d’excommunications temporaires, plus nombreuses (comme cela était l’usage à en juger par les canons), voire confession publique… afin d’illustrer ce caractère ascétique voire combatif (nous entendons par là combat contre les passions et le Malin) de l’orthodoxie. Mais rien de cela n’est fait, ce qui aboutit à une désacralisation de la Divine liturgie, ravalée au rang de soupe populaire accessible à quiconque. 

Or Dieu sait que l’état de nos communautés n’est guère meilleur que par le passé. Les temps présents y sont sans doute pour quelque chose. Nous vivons pour l’essentiel dans un monde davantage laïcisé et sécularisé que par le passé, agressé par une « propagande » (notamment en matière de mœurs) anti-chrétienne fort virulente. Nous nous devons de lutter contre les mêmes passions que nos ancêtres…dans un environnement plus hostile. Qui, dans ses conditions peut se considérer suffisamment « purifié » pour demander à accéder au mystère visuellement et auditivement sans limitation aucune ? Ne serait-ce pas là une marque d’orgueil? Comment consentir à ces changements alors que nos communautés sont fort disparates, formées d’orthodoxes plus ou moins pratiquants, dont certains ne se présentent qu’à l’occasion de la Fête des Fêtes. Face à une telle composition de nos assemblées, le maintien de l’iconostase, des fermetures et ouvertures des Portes royales et des prières secrètes s’imposent. Il convient de noter que les moines eux-mêmes ne se sont jamais autorisés de tels usages et ce, en dépit de leurs exploits ascétiques. En effet, l’élévation spirituelle s’accompagne de la prise de conscience de son propre péché, ce qui engendre l’humilité. Ainsi, Saint Séraphin de Sarov notamment s’opposait à la lecture à voix haute des prières secrètes. 

Il est donc urgent de retrouver cet équilibre et ce sens de la liturgie. Hélas, une telle entreprise n’est envisageable que si l’on parvient à libérer l’Eglise de l’esclavage de maintes idéologies. 

Le rationalisme, le piétisme et le marxisme nous conduisent à ces liturgies participatives, démocratiques et populaires 

L’examen des arguments des contemporains en faveur du retour à l’usage antique laisse deviner une influence consciente ou inconsciente, et à des degrés divers, de ces trois idéologies ou pensées, toutes trois éloignées de l’esprit de l’orthodoxie. 

Derrière l’évocation de l’intérêt didactique des prières secrètes, se cache parfois un certain rationalisme. L’on pense qu’en entendant les paroles, le fidèle comprendra mieux le mystère, l’appréhendera mieux. C’est là ignorer la définition du mystère qui est insaisissable par la raison mais uniquement par un cœur et un intellect purifié par l’ascèse et la prière. J’aurais beau entendre une multitude de fois les mots secrets, voir ce qui se passe dans le sanctuaire, cela ne me rendra pas le mystère plus intelligible si je ne m’évertue pas par la prière et l’ascèse à acquérir les saintes vertus. Il faut néanmoins concéder qu’il est profitable que les fidèles connaissent, pour leur instruction le contenu de ces prières ; mais un tel enseignement peut s’opérer par le biais de catéchèses explicatives. 

L’instruction de l’Empereur Justinien visait à inciter les fidèles à la componction, intention louable s’il en est. Toutefois, il est difficile pour une âme peu exercée de distinguer la dite componction (saine) du piétisme. Ce dernier repose essentiellement sur les sentiments et les émotions, et vise à faire éprouver de façon quasi physique une sorte de grâce. Nous en voyons maintes manifestations dans nos communautés avec force agenouillements y compris le dimanche, jour de la Résurrection, et des commentaires parfois éloquents qui indiquent que le fidèle n’a retenu de la liturgie que la beauté des chants et l’odeur de l’encens. A nouveau, nous rompons avec l’esprit de l’orthodoxie qui promeut une prière « sobre » sans envolée lyrique et/ ou sentimentale, sans sensations et ce afin d’éviter la terrible illusion spirituelle. Il est à craindre que certaines de nos méthodes participatives n’aillent à l’encontre de ces principes. L’audition des prières secrètes et la vision permanente sur le sanctuaire ne contribuent-elles pas à une exaltation un rien mystique et piétiste de certains fidèles, trop heureux d’accéder à une sorte de « Saint des Saints » ? Les croyants y sont parfois incités par une certaine façon de célébrer, elle-même un rien piétiste et théâtrale, notamment au moment des prières secrètes. Voici quelques mots du starets Samson à ce sujet : 

« For example, this is what I have seen with Bishop ..., who should be avoided. Here he is reading away with his emotions, haughtily declaiming the secret prayers, admiring himself and using his nervous system to influence those around him. » 


« Par exemple, voici ce que j’ai vu avec l’Evêque … et qui devrait être évité. Le voici lisant à haute voix de façon émotionnelle, déclamant avec hauteur les prières secrètes, s’admirant lui-même et usant de son système nerveux pour influencer ceux qui l’entourent. » 

La responsabilité de ces insinuations piétistes et rationalistes nous semblent toutefois mineure en comparaison de celle d’une certaine forme de marxisme. Cette idéologie envisage l’histoire à travers le prisme de la lutte des classes sociales. Mais de façon surprenante, certains ont appliqué une telle modèle à bien d’autres situations Ainsi, dans des questions de sociétés, la lutte pour l’égalité des sexes a pu prendre parfois l’aspect d’un affrontement entre deux classes, celle des hommes, dominante, contre celle des femmes, dominées. Le mouvement en faveur des droits de l’enfant a semblé également considérer les enfants comme une sorte de classe opprimée par les adultes. Appliquée à l’église, cette philosophie marxiste nous brosse implicitement ou explicitement le tableau du peuple des fidèles placé sous la férule du clergé. Suivant cette logique, cet écart entre les deux classes mériteraient de se voir résorbé, notamment par la fin de certains privilèges du prêtre. L’on en vient inéluctablement à l’ouverture plus fréquente des portes de l’iconostase, si ce n’est à sa simple disparition, à l’audition des prières secrètes en vue de réduire la fracture entre le clergé et le peuple. 

Ce souci égalitariste et un rien démagogique, qui semble hélas avoir particulièrement préoccupé les évêques russes au point de décider de la participation des laïcs à l’élection des évêques lors du concile de 1917-18, témoigne à nouveau d’une mauvaise compréhension de la nature de l’église. Rappelons tout d’abord que l’Eglise orthodoxe ignore absolument la distinction entre Eglise enseignante et église enseignée. Les laïcs, en tant que baptisés ont part au sacerdoce royal. Elle ne considère pas non plus le prêtre et les célébrants comme des êtres au-dessus des fidèles qui auraient accès à un savoir caché au commun des mortels. L’orthodoxie n’est en effet pas une doctrine spirituelle ésotérique, dont l’intégralité revient à quelques initiés. En témoigne ces mots du Christ : « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux intelligents et de l'avoir révélé aux tout-petits.» (Matthieu 11 : 25). 

Au final, l’Eglise est un mystère à elle toute seule, un organisme « divino-humain » régi par des lois propres et non des lois d’inspiration humaine et humaniste. Dans cet organisme, il y a diversité de dons et diversités de ministères. Chacun est appelé à exercer le sien sans prétendre à un élargissement de ses attributions. Dans sa Première épître aux Corinthiens, au chapitre 12, le Saint Apôtre Paul nous met clairement en garde contre de telles revendications : « Et ceux que Dieu a établis dans l'Église sont premièrement les apôtres, deuxièmement les prophètes, troisièmement les docteurs... Puis il y a les miracles, puis les dons de guérisons, d'assistance, de gouvernement, les diversités de langues. Tous sont-ils apôtres ? Tous prophètes ? Tous docteurs ? Tous font-ils des miracles ? Tous ont-ils des dons de guérisons ? Tous parlent-ils en langues ? Tous interprètent-ils ? Aspirez aux dons supérieurs. » 

Les modernistes, en ré-introduisant ces pratiques suite à une mauvaise compréhension de la Tradition et/ ou une vision sécularisée de l’Eglise ont toutefois eu le mérite de soulever une question d’importance : comment assurer la participation des fidèles à l’action commune qu’est la liturgie?

La réponse à cette question réside dans la redécouverte de la véritable façon de prier en communauté. 

Pour certains, la prière doit s’extérioriser d’une façon ou d’une autre pour paraître véritable : le plus souvent par la parole, voire par des gestes, réalisés simultanément par l’ensemble de la communauté. Ceci traduirait par ailleurs son unité. Il en découle fort logiquement la récitation par toute l’assemblée de certaines prières capitales : Notre Père, Symbole de Nicée, ou encore « triple amen » suite à l’épiclèse. On peut à nouveau s’interroger sur une éventuelle influence d’une autre pensée étrangère à l’orthodoxie. L’on semble glisser vers la psychologie (des masses). 

Ces pratiques tranchent avec l’enseignement et l’usage de l’Eglise. En effet, l’unité de la communauté relève à nouveau du mystère de l’Eglise, où personne n’est jamais isolé, pas même l’ermite comme le fait remarquer Saint Justin de Celije. Nous sommes tous reliés les uns aux autres de façon inexplicable en tant que membre du même Corps. Vouloir figurer ce lien physiquement et imparfaitement relève à nouveau du rationalisme. 

Du point de vue purement liturgique, l’office se compose d’une série d’hymnes et d’ecténies que le fidèle écoute en silence. Ce silence ne doit guère être interprété comme une passivité ou une indifférence car il est propice à une prière intérieure personnelle et communautaire (par ce lien invisible et mystérieux) qui s’appuie sur les paroles entendues. C’est un des grands mérites de l’orthodoxie d’avoir su conserver cette pratique de la prière « silencieuse » intérieure, active mais non activiste. 

En effet, la véritable prière vient avant tout des dispositions intérieures, du cœur, comme nous le rappelle le prophète Esaïe (29 :13) : « Le Seigneur a dit : Parce que ce peuple est près de moi en paroles et me glorifie de ses lèvres, mais que son cœur est loin de moi et que sa crainte n'est qu'un commandement humain, une leçon apprise ». 

La tâche, afin que les fidèles se sentent moins exclus de la liturgie réside donc dans l’apprentissage de la prière véritable. Pour cela, l’orthodoxie doit s’appuyer sur l’héritage légué par ses nombreux ascètes, saints et starets. Le recours à des procédés d’inspiration douteuse traduit avant tout son éloignement par rapport à la Tradition. 

En définitive, le désir légitime de rétablir une participation active des fidèles à la liturgie a débouché sur des pratiques en apparence inspirées de la Tradition mais en réalité en rupture avec elle. Cela s’est aggravé par les considérations démagogiques ou par l’intrusion d’une pensée séculière au sein de l’Eglise… La seule issue réside dans le rappel incessant de la dimension ascétique de l’orthodoxie à travers la prière et l’humilité, qui seules nous aident à participer réellement et sans orgueil aucun à l’action liturgique.

 

 

Bibliographie

Secularism in Church, theology and pastoral care. Métropolitan Hierotheos of Nafpaktos (disponible au lien suivant www.pelagia.org

Words of Elder Sampson (Vol 3, 2, P. 333-4); disponible au lien suivant : Sampson 

Saying "Amen" to our story. Père John Shimchick; disponible au lien suivant : Amen 

Manuel byzantino-gréco-slave à l'usage des fidèles de rite latin (Sixième édition), Imprimerie Saint Paul, Fribourg 

Par Theophylactère
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Samedi 5 novembre 2005

Cela devient une tradition. Le Jour de Saint Denis l'Aréopagite, les orthodoxes des juridictions canoniques en France célèbre un office de vêpres en l'honneur du saint en la cathédrale catholique romaine de Notre Dame de Paris. L'archevêque catholique Jean-Marie Lustiger et le Métropolite Jérémie (pour le diocèse grec dépendant du Patriarcat de Constantinople) avait inauguré l'usage voici 4 ans qui se perpétue jusqu'à ce jour.

La célébration fut toutefois émaillée d'incidents lors de l'édition 2003 : des orthodoxes fidèles interpellèrent l'évêque grec Emmanuel au cri de "trahison". Et ils n'avaient guère tort. Ces vêpres sont l'occasion de discours oecuménistes lénifiant où reviennent les termes "Eglises-soeurs" pour désigner l'Eglise orthodoxe et l'église papale ou encore "branches du christianisme", au mépris d'un simple bon sens écclésiologique. En 2004, l'audace fut poussée jusqu'à commémorer dans l'ecténie l'archevêque latin de Paris. Il faut croire que cette ecténie résonna bien au-delà des voûtes de Notre Dame de Paris, car il en fut même question au sein de communautés orthodoxes en Angleterre et en Belgique. Peut-être en haut lieu se pencha-t-on sur le cas. En effet, le fait est que
l'édition 2005
est revenue à une plus grande sobriété en épargnant aux fidèles orthodoxes une telle ecténie qui légitime l'église papiste.

Toutefois, ces vêpres orthodoxes à Notre Dame présentent encore le défaut d'exister, car, comme nous le montrerons dans un article ultérieur, elles tombent sous le coup de bien des canons. Mais pire encore, l'instance consultative regroupant les évêques orthodoxes "canoniques" (les guillemets s'imposent vu l'anti-canonicité de la pratique que nous contestons) de France, l'AEOF (Assemblée des Evêques Orthodoxes en France) nous apprend dans son
communiqué
en date du 4 novembre 2005, son intention de célébrer un tel office avec les chrétiens pré-chalcédoniens.

Bref, après Notre Dame de Paris, l'AEOF poursuit sa piètre comédie musicale
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Notre Dame de Paris est le titre d'une comédie musicale française à succès sortie en 1999 et s'inspirant de l'oeuvre homonyme de Victor Hugo. Un humoriste parodia cette comédie chantant : "Pendant qu'Hugo se retourne sous sa stèle, c'est l'argent qui tombe dans l'escarcelle."  

Par Theophylactère
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Jeudi 24 novembre 2005

Présentation de l’article

Nous vivons dans une société pluraliste, cela est une évidence mais nullement une nouveauté... Il en résulte que la question des mariages mixtes ne manque pas de se poser. En certaines paroisses orthodoxes, ils constituent même la majorité des mariages célébrés. Peu s'en émeuvent, d'autres n'y voient même aucun inconvénient avec l'enseignement de l'Eglise et vont même jusqu'à prôner la célébration dans l'Eglise de mariages « dispars » (avec un conjoint non chrétien). Cet article de John Hudanish traduit de l'anglais et paru dans les revues ORTHODOX AMERICA, LIVING ORTHODOXY ET ONE CHURCH. Il a le mérite de traiter la question en étayant sa réponse d'arguments canoniques, patristiques et historiques autrement plus convaincants que les considérations sociales, sociétales, sociologiques, psychologiques (et j'en passe) de certains... 

 

Un mot sur l’auteur : nous croyons savoir qu’il est président du conseil paroissial d’une paroisse dépendant du Patriarcat de Moscou dans l’Orégon. Cela dit, l’intérêt de l’article ne réside pas en son auteur mais surtout en la rigueur du raisonnement.  

 

L’original anglais est disponible au lien suivant : cliquez

  

 

Nous ferons suivre la traduction d’additions personnelles.

  

 

 

 

 

L’EGLISE ORTHODOXE AUTORISE-T-ELLE LES MARIAGES MIXTES ?

 

 

 

 

 Par John Hudanish

  

 

 

« Un oiseau peut aimer un poisson. Mais où bâtiront-ils ensemble leur maison ? » Tevve dans Fiddler on the Roof

 

 

 

 

 

Le numéro du 24 juillet 1988 de la revue THE CHURCH MESSENGER publié par le diocèse grec catholique carpatho-russe aux Etats-Unis [un diocèse uniate, note du traducteur], comportait un article intitulé : « Persepectives sur les mariages avec des conjoints non chrétiens » écrit par le Père  George Papaioannou de l’Archidiocèse orthodoxe grec (dépandant du Patriarcat œcuménique de Constantinople). L’idée de cette article est que les Chrétiens peuvent se marier avec des partenaires qui ne partagent pas la même foi.

  

 

Le Père Georges écrit en partie :  

 

« Vivant dans une société pluraliste telle que la nôtre, nous ne pouvons ignorer ceux qui se marient en dehors de l’Eglise. En tant que bon berger, le prêtre doit les servir. Toutefois, d’autres trouvent cette approche condamnable. L’est-elle vraiment ? Au contraire, l’auteur [le Père Georges note du traducteur] pense que cette approche est justifiée et par la Bible et par l’histoire de l’Eglise. »  

 

Ayant fait cette affirmation, le Père George ne parvient à la défendre. La seule justification qu’il propose puisée « dans la Bible et l’histoire de l’Eglise » pour voler au secours des mariages mixtes est un passage de la Première Epître de Saint Paul aux Corinthiens :  

 

« Aux autres je dis, c'est moi qui parle et non le Seigneur: si un frère a une femme non-croyante et qu'elle consente à vivre avec lui, qu'il ne la répudie pas. Et si une femme a un mari non-croyant et qu'il consente à vivre avec elle, qu'elle ne le répudie pas. Car le mari non-croyant est sanctifié par sa femme, et la femme non-croyante est sanctifiée par son mari. » (I Cor. 7:12-13)

  

 

L’implication ici est que, si Saint Paul mentionne des mariages mixtes, l’Eglise primitive a dû autoriser les croyants à épouser des non-croyants. Mais ceci n’était pas le cas. Au temps de Saint Paul, l’immense majorité des chrétiens, y compris les Apôtres et même Saint Paul étaient des CONVERTIS. Ils étaient venus à l’Eglise de leur propre vouloir, une fois adultes.

  

 

Et nombre d’entre eux étaient déjà mariés et avaient des familles AVANT leur baptême. Vu qu’une conviction propre est quelque chose de très personnel, il en découle naturellement que la décision de devenir chrétien ne venait pas toujours aussi bien au mari qu’à l’épouse de façon simultanée dans chaque famille. Ainsi, l’Eglise au temps de Saint Paul comprenait un nombre significatif de couples au sein desquels un partenaire avait embrassé la foi et avaient été reçu par le baptême des mois ou même des années avant l’autre. C’est ainsi qu’il faut comprendre I Corinthiens 7 : 12-13.  

 

C’est ainsi que Saint Jean Chrysostome la comprend. Dans son homélie XIX, il traite de ce passage et alors avertit :   

 

« La question ici ne concerne pas ceux qui envisagent de se marier, mais seulement ceux qui sont déjà mariés. Il ne dit pas : « Si un frère veut épouser une non-croyante » mais si « un frère A une femme qui est non-croyante… » Cela veut dire si quiconque reçoit la Parole de Vérité alors qu’il est déjà marié, et que la femme demeure non-croyante, mais veut que le mariage continue, alors il ne devrait pas être dissous. « Car la femme non croyante est sanctifiée par son mari » La pureté du croyant est la force la plus puissante ».  

 

En 691, le Concile in Trullo a délibéré sur cette question. L’assemblée des évêques s’est prononcée CONTRE les mariages entre les orthodoxes et non-croyants dans des termes sans équivoque :  

 

72. Qu'un homme orthodoxe ne doit pas épouser une femme hérétique.  

 

« Qu'il ne soit pas permis a un homme orthodoxe de s'unir à une femme hérétique, ni à une femme orthodoxe d'épouser un homme hérétique et si pareil cas s'est présenté pour n'importe qui, le mariage doit être considéré comme nul et le contrat matrimonial illicite est à casser, car il ne faut pas mélanger ce qui ne se doit pas, ni réunir un loup a une brebis. Si quelqu'un transgresse ce que nous avons décidé, qu'il soit excommunié. Quant à ceux qui étant encore dans l'incrédulité, avant d'être admis an bercail des orthodoxes, s'engagèrent dans un mariage légitime, puis, l'un d'entre eux ayant choisi la part la meilleure vint à la lumière de la vérité, tandis que l'autre fut retenu dans les liens de l'erreur sans vouloir contempler les rayons de la lumière divine, si l'épouse incroyante veut bien cohabiter avec le mari croyant, ou vice versa le croyant avec la non-croyante, qu'ils ne se séparent pas, car selon le divin apôtre, «le mari non croyant est sanctifié par sa femme, et la femme non croyante est sanctifiée par son mari ».  

 

Le Divin Apôtre lui-même, dans sa Seconde Epître aux Corinthiens (6 : 14-15) a ses paroles au sujet du mariage avec un hérétique :  

 

« Ne formez pas d'attelage disparate avec les incrédules; quelle association peut-il y avoir entre la justice et l'impiété? Quelle union entre la lumière et les ténèbres? Quel accord entre Christ et Bélial? Quelle relation entre le croyant et l'incrédule? »  

 

Le message est on ne peut plus clair. La Sainte Ecriture, un Père de l’Eglise universellement acclamé et un canon d’un concile œcuménique, tous les trois s’opposent clairement aux mariages entre Orthodoxes et hétérodoxes. L’enseignement de l’Eglise orthodoxe à ce sujet est très clair : un Chrétien orthodoxe NE peut PAS épouser quelqu’un qui n’est pas orthodoxe. Et un mariage mixte n’est toléré que quand les deux partenaires étaient hors de l’Eglise quand ils se marièrent. Le témoignage de l’Ecriture et de la Tradition dément spécifiquement et avec emphase toute idée que le mariage entre orthodoxe et hétérodoxe soit une pratique qui puisse être « justifiée aussi bien par la Bible que par la Tradition »  

 

En fait, la formulation du Canon 72 [du concile in Trullo ] est on ne peut plus catégorique dans l’interdiction d’une telle pratique, qu’elle semble interdire à tout hiérarque local d’appliquer son pouvoir discrétionnaire appelé économie, à savoir :  

 

 « et si pareil cas s'est présenté pour N’IMPORTE QUI, le mariage doit être considéré comme nul et le contrat matrimonial illicite est à casser »  

 

Et toutefois, en dépit de ces claires prohibitions, les mariages mixtes ne sont pas rares y compris au sein des juridictions les plus traditionnelles. Comment cela se peut-il ?  

 

Un nombre de facteurs se combinent pour créer cette déplorable situation en Occident. D’abord, il y a l’image répandue de Jésus Christ en tant que lavette castrée, un faux dieu permissif qui aime tout, ne demande rien et, au nom de l’amour divin, sauve même les impénitents des conséquences de leur propre comportement.  

 

Ensuite, viennent les trois piliers philosophiques de la société contemporaine : l’humanisme, le sécularisme et scepticisme qui mettent l’homme – au lieu de Dieu- au centre de l’univers et soutiennent la fiction légale qu’une religion est aussi bonne que n’importe quelle autre, y compris que l’ABSENCE de religion ; constamment ils remettent en question le moindre principe, le moindre dogme, la moindre convention et vérité révélée au nom du Progrès et de la Liberté Intellectuelle (de faux dieux s’il en est) ; ils privent ainsi les membres de la société de la possibilité d’expérimenter ce que cela signifie d’avoir un sol ferme sous leurs pieds. Il y a aussi les notions contemporaines d’amour romantique, une forme grisante de démence que l’auteur ne connaît que trop bien. C’est génial le temps d’une saison, mais à moins que les amoureux qui se dévorent  des yeux ne partagent des choses qui vont au-delà d’une attirance physique, ils se réveilleront inévitablement un jour remarquant que l’engouement mutuel s’est évaporé, les laissant face à face avec de REELS problèmes, comme payer les factures et élever les enfants.  

 

Et enfin, il y a les prêtres pleins de compassion qui comprennent avec difficulté l’interaction de tous les facteurs mentionnés. Ils sont continuellement frustrés par leur incapacité de garder les brebis que le Christ leur a confiés, des pernicieuses influences de la société contemporaine. A leur crédit, il faut mettre leur attention incessante pour les brebis perdues, celles qui de leur propre volonté ont erré loin du bercail salvifique de l’Eglise. Mais dans leur désespoir de ramener TOUTES les brebis, ils se trompent parfois en essayant de redéfinir les contours du bercail. Ceci est une compassion déplacée. A étendre les frontières du bercail pour contenir les brebis, ils mettent en danger le reste du troupeau.  

 

Nous avons la chance de vivre dans un pays libre. Personne en âge de se marier ne peut être CONTRAINT à être orthodoxe. L’appartenance à l’Eglise orthodoxe est une question de choix. Aussi, pourquoi quelqu’un se dirait-il orthodoxe s’il rejette l’autorité de l’Eglise, et refuse de respecter les canons et règles de conduite que l’Eglise suit tout au long de son histoire? Plus encore, peut-être, pourquoi quelqu’un choisirait-il d’être prêtre orthodoxe s’il pense que l’Eglise est trop rigide et « en dehors du coup » ? Plutôt que d’appeler l’Eglise à abaisser ses standards, de telles personnes devraient revoir leurs convictions personnelles à la lumière de la Sainte Ecriture et de la Tradition et, s’ils privilégient encore leurs convictions personnelles après les avoir passées au crible de la Sainte Ecriture et de la Tradition, ils devraient quitter l’Eglise. Vu la multitude d’Eglises « chrétiennes » aux Etats-Unis, il leur sera facile de trouver une communauté avec une théologie plus élastique et de la REJOINDRE.  

 

Le Père Georges demande : « Comment traitons nous ces personnes baptisées et chrismées dans la foi orthodoxe mais qui ne se sont pas mariées dans l’Eglise ? Le canon 72 du Concile in Trullo ordonne que le mariage soit dissous. Mais si le conjoint orthodoxe refuse de reconnaître l’autorité de l’Eglise et continue de cohabiter avec un époux hérétique, alors « qu'il soit excommunié ». Très certainement, le Père Georges connaît ce canon. Pourquoi ne l’accepte-t-il pas ? Quel autre type d’action est possible? Administrerait-il les mystères de l’Eglise à ceux qui demeurent inflexibles et impénitents défiant son autorité ? Est-ce là le type de comportement qui définit un pasteur responsable ? Comment répondra-t-il d’un tel comportement au Christ qui a dit « qu’il [le pécheur] te soit comme un homme des nations et comme un publicain » (Matthieu 18 :17).  

 

Dieu nous a créé pour être avec Lui dans le Royaume des Cieux pour l’éternité. Il ne désire pas que quiconque aille en enfer. Mais Il nous a donné le libre arbitre. Il nous laisse faire les choix, même si ces choix nous séparent de Lui. Le libre arbitre consiste en cela. Aussi laissons le Père Georges se rappeler ce que toute personne qui a des enfants déjà  grands sait : les gens bien font parfois de mauvais choix – et tôt ou tard, il se peut qu’ils aient à en affronter les conséquences.  

 

Il n’est pas de notre rôle de spéculer sur les conséquences dans l’au-delà. Mais toute personne avec des yeux peut voir ici et maintenant les fruits amers que les mariages mixtes engendrent. Le conjoint orthodoxe dans un mariage mixte est menacé dans sa foi d’une façon proportionnelle à l’engagement religieux du conjoint non croyant. Les sociologues contemporains ont observé que les mariages entre personnes de confessions différentes sont pacifiques à condition que LES DEUX PARTENAIRES SOIENT INDIFERRENTS À LEUR RELIGION RESPECTIVE. Les conflits surviennent quant un conjoint tente de faire pénétrer ses convictions religieuses dans le foyer.  

 

Si l’orthodoxe est pieux et essaie sincèrement de VIVRE sa foi, tôt ou tard, il percevra cela comme une « agression » de la part de son conjoint hétérodoxe. Au fur à mesure que les agressions montent en puissance, l’acceptation résignée du fait cédera la place à une résistance passive qui elle-même sera finalement remplacée par une hostilité ridicule ou même ouverte. Et graduellement, les vêpres du samedi, le jeûne, les prières du matin et du soir, les prières encadrant le repas et même la liturgie dominicale seront abandonnées pour préserver la tranquillité du foyer. C’est ainsi que le conjoint orthodoxe est séparé du Corps du Christ et de la sorte profané.  

 

Les vrais perdants de tels mariages sont les enfants, élevés dans un environnement où l’esprit orthodoxe n’est rien de plus qu’un faible souvenir chez l’un des époux.  

 

Nous, orthodoxes, sommes un peuple particulier, un peuple mis à part. Depuis la résurrection du Christ, nous sommes le Nouvelle Israël. Nous sommes les enfants d’Abraham. Nous sommes les héritiers de la promesse faite à Jacob. Et nous revendiquons notre héritage, non via une généalogie ou une appartenance ethnique, mais à travers une FOI dynamique en Christ.  

 

C’est un enjeu à considérer autrement plus important qu’une amourette. 

 

Les trois prêtres qui éditent les revues mentionnées [ORTHODOX AMERICA, LIVING ORTHODOXY ET ONE CHURCH note du traducteur] ont réfléchi suffisamment à cet article pour juger bon de le publier. 

 

Souvenez-vous, vous devenez orthodoxe non pas pour CHANGER l’église mais plutôt pour être changer par elle.  

 

 

 

Commentaires additionnels du blogmaster  

 

En plus du canon 72 du Concile in Trullo, d’autres canons interdisent explicitement les mariages entre orthodoxes et hétérodoxes. Ces canons confirment tous l’interdiction de contracter mariage avec une hérétique ou une païen(ne), en résumé avec un non orthodoxe.  Ces canons remontent à une époque où l’Eglise vivait également dans un environnement « pluraliste » dans lequel se côtoyaient maintes confessions, chrétiennes ou pas. L’époque présente où nous ne vivons pas dans des sociétés composée d’une majorité écrasante d’orthodoxes ne constitue donc pas une nouveauté. La problématique du mariage mixte s’est donc déjà posée par le passé, et l’Eglise y a déjà répondu en le condamnant explicitement. Quelles sont donc les motivations réelles de ceux qui prétendent revenir sur ces décisions des Conciles et des Pères ?  

 

 

 

Concile de Chalcédoine

 

 

14. Que les clercs inférieurs ne doivent pas s'allier par mariage à des hérétiques. 

 

Comme dans quelques provinces on a permis aux lecteurs et aux chantres de se marier, le saint concile a décrété qu'aucun d'eux ne doit épouser une femme hérétique; ceux qui ont eu des enfants après avoir contracté de pareilles mariages, s'ils ont déjà fait baptiser leurs enfants chez les hérétiques, doivent les présenter à la communion de l'église catholique; si ces enfants ne sont pas encore baptisés, ils ne doivent pas les faire baptiser chez les hérétiques, ni les donner en mariage à un hérétique, à un juif ou à un païen, à moins que la personne qui doit se marier à la partie orthodoxe ne promette d'embrasser la foi orthodoxe. Si quelqu'un va contre cette ordonnance du saint concile, il sera frappé des peines canoniques.  

 

Synode de Laodicée 

 

10. De l'alliance par mariages avec des hérétiques. 

 

Que le membres de l'église ne marient pas indifféremment leurs enfants avec les hérétiques. 

 

31. De ceux qui contractent mariage avec des hérétiques. 

 

On ne doit pas se marier avec des hérétiques quels qu'ils soient, ni leur donner en mariage ses fils et filles, à moins qu'ils ne promettent de se faire chrétiens.

 

 

 

 Concile de Carthage  

21. Que les enfants des clercs ne doivent pas contracter de mariage avec des hérétiques. 

De même il fut décidé que des enfants de clercs ne contracteront mariage ni avec des païens, ni avec des hérétiques

 

 

 

 

 

 

Par Theophylactère
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Mercredi 4 janvier 2006

L’objet de ce texte est de répondre à la surprise et à l’incompréhension de ceux, généralement Russes (ou de tradition russe comme on dit de nos jours), qui s’étonnent de rencontrer certains orthodoxes portant des prénoms composés ou des prénoms ne correspondant pas à celui d’un Saint orthodoxe. Etonnement s’accompagnant du commentaire suivant, quasi systématique : « Cela n’existe pas chez les Orthodoxe  car chaque individu n’a qu’un saint protecteur et non deux voire trois »…ou encore « Saint X, ça existe ça ? » avec une moue dédaigneuse… Il est vrai que la pratique du prénom composé est très rare chez les Orthodoxes. Nous n’en connaissons nous-même qu’un nombre réduit ; parmi eux un Jean-Jacques, un Pierre-Brice et le célèbre Jean-Louis Palierne, auquel les Orthodoxes francophones doivent de bien précieuses traductions dont celle de maints écrits de Saint Justin de Celije (Père Justin Popovitch), véritable Père de l’Eglise… 

 

Un tel rejet du prénom composé ou du prénom qui n’est guère celui d’un saint s’appuie sur l’explication suivante. Le prénom qui nous est donné au baptême doit être celui d’un saint qui, tout au long de notre vie, sera notre protecteur. Etant donné cela,  il devient inutile de porter un double prénom, comme si un seul saint n’était à même à lui seul d’effectuer cette tâche… Quant à choisir un prénom qui n’apparaît pas dans le synaxaire, cela reviendrait en quelque sorte à se priver de Saint patron protecteur. 

 

D’autres brandissent un argument supplémentaire, d’ordre pédagogique. Le nom du Saint servira de « phare » au baptisé, de balise, afin de lui montrer la voie qu’il doit suivre.

 

Ces arguments, toutefois, ne résistent guère à un examen objectif des données historiques et encore moins théologiques. Nous allons les développer ci-après.  

 

 

L’usage de donner un nom de Saint est limité spatialement et temporellement et ne saurait donc être absolutisé 

 

Les pays orthodoxes sont variés et nombreux. Il en résulte une diversité d’usage et de traditions même si la Foi, bien entendu demeure identique. Pour des raisons démographiques, historiques et autres, les pratiques les plus répandues sont celles d’origine russe et grecque. Cela ne doit guère faire oublier l’existence d’autres peuples orthodoxes, dont les pratiques, la foi et la ferveur ne sauraient être méprisées ou tenues pour inférieures quand on sait leur maintien en dépit des vicissitudes historiques. Le phylétisme n’est jamais bien loin quand on se met à encenser sans retenue des usages « nationaux »… et à regarder dédaigneusement ceux du voisin.  

 

 

Il s’avère que les Russes et les Grecs manifestent un attachement « sans borne » à l’usage du prénom unique, en tant que prénom antérieurement porté par un saint. Cela n’est guère le cas d’autres peuples orthodoxes, notamment les Serbes et les Géorgiens. 

 

Ces deux peuples, en dépit de leur christianisation précoce offrent un panel mêlant prénoms portés par des Saints et prénoms traditionnel, remontant à l’époque païenne. 

 

Ainsi, dans le cas de la Serbie, les prénoms Milan et Ratsko, notamment relèvent de cette dernière catégorie. Saint Sava, premier archevêque de l’Eglise autocéphale de Serbie avait pour nom pré-monastique Ratsko, en dépit de son baptême orthodoxe. Désirant embrasser la vocation monastique –on note que son prénom païen ne fut pas un frein à son désir d’absolu-, il lui fut donner le nom de Sava en l’honneur du célèbre moine Saint Sabbas. Depuis l’illumination de la Serbie, l’on conserve ces prénoms de l’époque pré-chrétienne et ce jusqu’à nos jours. Doit-on en conclure que les intéressés ne sont pas orthodoxes ou sont de mauvais orthodoxes ? Certainement pas à en juger la survie de l’orthodoxe en dépit des siècles de domination ottomane, et du témoignage de nombreux confesseurs « modernes » durant les persécutions oustachis. 

 

Il est vrai que l’Orthodoxie serbe présente cette particularité –également observable en Macédoine-, la Slava. Chaque famille dispose d’un Saint patron et sa fête est l’occasion d’un office particulier, la slava. On peut supposer que cette tradition pallie à l’absence de systématicité de prénom de Saints. Toutefois il semblerait plutôt qu’il fut question, du temps de la christianisation de ces terres, de substituer au culte des divinités familiales une autre célébration, plus chrétienne. 

 

Cette non systématicité des prénoms de Saints se retrouve en Géorgie, deuxième nation à adopter le Christianisme en tant que religion officielle après l’Arménie. De nombreux prénoms Géorgiens ne renvoient à aucun saint ni à aucune origine hébraïque mais remontent aux traditions locales. C’est notamment le cas des prénoms féminins : Léla, Nana , Thea, Theona et de bien d’autres qui ont des racines perses… 

 

 

Faute de connaître suffisamment les usages en Roumanie, Bulgarie et en d’autres lieux, nous ne pouvons traiter ces cas. Il nous a néanmoins paru intéressant de nous intéresser au cas de l’Arménie –en dépit de son « monophysisme-, du fait de l’ancienneté de la christianisation. La même observation peut-être faite que dans le cas de la Géorgie. En témoigne cette liste de prénom arménien, avec leur signification ou origine. 

 

Parmi les prénoms féminins figurent notamment : Achkène (nom d’une pierre de couleur noire ou bleue), Aghavnie (colombe), Anahide, déesse de la mythologie arménienne (nous sommes loin des Saints et du peuple d’Israël), Ankinée (signifiant rare et sans prix), Anouche (d’origine perse signifiant douce, lumineuse et parfumée), Araxie, nom dérivé d’un fleuve arménien, Ardémisse, variante d’Artémis, divinité paienne grecque. Un survol rapide des prénoms masculins (auquel nous ne nous livrerons pas) conduit au même constat… 

 

Cela peut en choquer plus d’un : des peuples chrétiens ont donc conserver des prénoms païens parmi lesquels on retrouve même des noms de Dieux ! Et pourtant, il s’agit bien de l’usage originel : être baptisé sans changer de prénom.  

 

 

 

L’usage originel a consisté pendant longtemps à recevoir le baptême sans changer de prénom  

 

 

Il n’en est fait nulle mention de changement de prénom dans les Actes des Apôtres. D’un point de vue pratique, avant le début des persécutions et son cortège de martyr, il était même impossible aux Apôtres de donner ces noms de Saints car les martyrs n’existaient pas encore. Aussi le centurion Corneille demeura-t-il Corneille et est vénéré sous ce nom. Il en est de même pour Priscille  

 

 

Supposons un instant que depuis le début de la prédication apostolique, tout nouveau baptisé ait eu à changer de prénoms et opter pour celui d’un Saint. Jamais alors, nous n’observerions une telle diversité de prénoms de Saints. Nous aurions dû nous contenter de prénoms d’origine hébraïque ainsi que ceux de ceux qui connurent le martyr sans avoir été baptisés (et qui sont considérés automatiquement comme saints). Il n’en est rien, nous avons des prénoms de Saints d’origine diverse : grecque, latine, germanique, celte, arabe… et la liste est loin d’être exhaustive. Il convient également de signaler que ces prénoms ne sont guère dans la majorité, des déclinaisons phonétiques ou autre adaptation locale d’un éventuel prénom d’origine hébraïque (voire grecque), à l’instar d’Yves qui n’est que la forme bretonne de Jean. 

 

 

Nous allons en montrer quelques  exemples en nous attachant aux Saints qui ont brillé sur la terre de France. 

 

 

-         Sainte Blandine de Lyon (2e siècle) : patronyme latin signifiant « doux, caressant »  

-         Saint Corentin de Quimper : le nom vient du breton  korventeen et signifie « ouragan » 

-         Sainte Loup ou Saint Leu (5e siècle) : fait référence simplement à l’animal du même nom 

-         Saint Gwénaël (6e siècle), moine : vient de « gwenn » et « maël », blanc et prince 

 

-         Sainte Geneviève de Paris, moniale : à nouveau une étymologie celtique signifiant fille du ciel  

-         Saint Hilaire de Poitiers (4e siècle) : du latin Hilarius, signifiant hilare, joyeux  

 

 

L’on voit clairement que ces Saints portent simplement leur prénom civil, le prénom issu de la culture à laquelle ils appartenaient. Un bref examen des prénoms d’origine germanique conduit à la même conclusion : 

 

 

-         Saint Wilfrid (8e siècle),archevêque d’York : « will » signifiant volonté et « frid » paix 

-         Saint Walter (3e siècle) : « waldo » : celui qui gouverne, et « heri », armée 

 

 

Ainsi, le baptême ne s’accompagnait nullement de l’imposition ou de l’usage systématiques d’un nom d’un saint déjà connu. L’on conservait le prénom issu de la culture à laquelle on appartenait. Les prénoms ostensiblement païens ne constituaient pas non plus une barrière ou un interdit dans l’église. 

 

 

Nous avons ainsi Saint Bacchus, mégalomartyr compagnon de Saint Serge (Serge, autre patronyme romain ou étrusque), qui porte le nom du Dieu romain de l’ivresse (et de la débauche aussi). Nous avons aussi le pape Jean II, au 6e siècle, dont le véritable prénom chrétien était Mercure (Dieu romain du commerce). Trouvant la chose peu digne d’un Pape, il changea de prénom inaugurant ainsi cette tradition chez les Papes. Il convient de noter que compte tenu des canons interdisant l’accès au clergé aux convertis récents, il est fort à parier que Mercure avait évolué au sein de l’église, au point d’être élu Pape, sans que son nom ne suscitât davantage de remous. 

 

Cet usage de changer de prénom et d’adopter un prénom de saint souffre aussi d’une exception de taille (au moins) dans le monde slave. Sous quel nom fut baptisé le Prince Wladimir de Kiev ? Sous le nom de Basile, et pourtant il est passé dans le synaxaire sous le nom de Saint Wladimir, ce qui corrobore nos thèses. Il était donc appelé de son nom originel. 

 

 

Ainsi l’usage du nom baptismal est bel et bien limité géographiquement et temporellement. Il serait intéressant de se rappeler la sentence de Saint Vincent de Lérins prônant de  « Tenir pour vérité de foi ce qui a été cru partout, toujours et par tous ». Il découle donc de l’énoncé de ces divers exemples que l’usage du prénom baptismal unique emprunté à un saint ne peut figurer parmi les vérités de foi. L’on se doit aussi de rejeter comme faisant obligatoirement partie de ces vérités de foi la croyance selon laquelle il est assigné à chacun un Saint Patron unique qui fait office de protecteur. Pendant longtemps les orthodoxes s’en sont passés et certains continuent de le faire. Une telle croyance ou un tel usage relèvent au pire de l’erreur  au mieux du théologoumène, opinion théologique acceptable dans la mesure où elle ne contredit pas une vérité de foi. 

 

 

Il nous a paru intéressant de jeter un bref regard théologique sur cette tradition du Saint Patron, en toute modestie bien sûr.  

 

 

La coutume du Saint Patron ne doit guère faire oublier qu’être chrétien consiste à revêtir le Christ 

 

On invoque la notion de protection qu’octroie le Saint Patron à celui qui porte son nom. Des miracles, très certainement, corroborent cette hypothèse. Elle est également attesté par une prière en usage dans l’Eglise : « Prie pour moi, saint X…, mon saint protecteur, car c’est avec confiance que j’ai recours à toi, comme à l’intercesseur assidu et au soutien de mon âme ». Une autre prière s’adresse, elle, à l’Ange gardien dont voici quelques extraits : « Saint Ange préposé à la garde de mon âme misérable et de ma vie de passion, ne m’abandonne pas, moi pécheur et ne t’éloigne pas de moi ». Et un peu plus loin : « prie pour moi le Seigneur afin qu’il m’affermisse dans la crainte et fasse de moi un serviteur digne de sa miséricorde. Amen ». L’Ange gardien remplit ainsi la même fonction d’intercession et de protection que le Saint patron. 

 

Son existence est confirmée par maints écrits patristiques et par la phrase du Christ en Matthieu 18 :10 : « Gardez-vous de mépriser un seul de ces petit; car Je vous dis que leurs anges dans les cieux voient continuellement la face de mon Père qui est dans les cieux »

 

Cela amène quelques interrogations ? Quels besoins de deux personnages célestes pour remplir la même fonction d’intercesseur et de protecteur ? Si l’on accepte la chose, pourquoi alors refuser que certains aient plus d’un Saint Protecteur, rejetant par là les prénoms composés ? 

 

Il est heureux de se souvenir de l’existence des anges gardiens et des saints, mais cela ne doit pas nous faire oublier le but de la vie chrétienne et le sens même du baptême. Lors de celui-ci, nous revêtons le Christ lui-même et non un Saint ou un ange. Rappelons que l’église par le canon 35 du canon de Laodicée a voulu mettre un frein à un culte des anges qui prenait des proportions exagérées et amenaient à oublier le Christ. Dans cette volonté à tout prix d’imposer des prénoms dits chrétiens, n’y a-t-il pas à nouveau cet oubli du Christ? 

 

Pourtant, les Saints eux-mêmes ne sont eux-mêmes n’ont guère une existence indépendante de celle du Christ. A ce sujte, Saint Justin de Celije voyait dans la phrase finale de l’Evangile selon Saint Jean, sur les actions du Christ qui pourraient remplir tous les livres de la Terre, une allusion aux vies des Saints. Ces derniers « prolongent » donc simplement la vie du Christ. 

 

La vie chrétienne est bien union avec le Christ : au Baptême, nous chantons, « vous tous qui avez été baptisé en Christ, vous avez revêtu le Christ ». Par le Baptême puis par les Mystères que nous recevons au sein de l’Eglise (où tout est Mystère et pas uniquement 7 actions particulières, cf la Dogmatique de Saint Justin de Celije), nous recevons la Grâce, à savoir les énergies incréées issues de la Sainte Trinité elle-même. La Grâce à elle-seule ne suffit pas et doit se doubler d’efforts ascétiques personnels afin que l’homme collabore à l’œuvre de Dieu : c’est la synergie, condition sine qua non pour une « Vie en Christ ». 

 

Le chrétien est celui qui tente de vivre selon ce schéma (rapidement résumé). Certains y sont parvenus et y parviennent sans pour autant porter le nom d’un Saint patron alors que d’autres qui en étaient pourvus ne se sont guère montrés dignes du leur… Avoir un ou des Saints Patrons, pas plus qu’être baptisé, ne prédestine à la sainteté et ne permet guère de préjuger du salut de quiconque (nous parlons des adultes bien entendu). L’effort personnel, le podvig comme disent les Russes est requis. 

 

Aussi pouvons-nous nous interroger sur l’éventuelle protection qu’accorderait un Saint patron ou un ange gardien qui n’est jamais prié… Quant à ceux dont le prénom ne renvoie à aucun saint patron particulier, il est certain que de facto ils en possèdent un du fait de leur choix propre, de leur dévotion à tel ou tel saint. 

 

Un certain parallèle pourrait être fait entre la question de la circoncision et la nécessité ou pas d’avoir un seul et unique Saint patron. Au premier temps, certains voulurent au sein de l’Eglise, étendre l’obligation de la circoncision aux païens convertis. L’affaire suscita bien des remous et fut tranchée au concile de Jérusalem qui rejeta cette option. Certains propos sont éloquents (Actes chapitre 15) 

 

 

« Pourquoi donc maintenant vouloir provoquer Dieu en imposant à ses disciples un joug que ni nos ancêtres ni nous n’avons jamais eu la force de porter ? Non ! Voici au contraire ce que nous croyons : c’est par la grâce du Seigneur Jésus que nous sommes sauvés, nous Juifs, de la même manière qu’eux » déclare Saint Pierre. Et Saint Jacques le Frère du Seigneur, de renchérir : « C’est pourquoi je suis d’avis qu’on ne crée pas de difficultés à des païens qui se convertissent à Dieu » (verset 19). 

 

Cet épisode révèle que la foi chrétienne ne consiste pas à imposer aux nouveaux convertis des éléments d’une culture étrangère qui ne relèvent plus de la coutume (certes pieuse) que de la foi. Cela constitue pour eux un joug supplémentaire qui leur crée des difficultés et des souffrances inutiles. Il en est de même en matière de prénom.  Les exemples cités en première partie illustre bien le respect des coutumes dont on fait preuve les évangélisateurs  en laissant intact les prénoms locaux qui appartenaient à la culture des peuples qu’ils visitaient. Devenir orthodoxe ne signifie pas changer de culture et adopter une culture (voire un folklore pour certains) étrangère mais « orthodoxiser » sa propre culture.  En matière de prénoms, ceux qui évoquaient le paganisme, l’idolâtrie, en sont même devenus aujourd’hui des prénoms considérés comme chrétiens, signe du respect des mœurs local mais surtout de leur transfiguration… Signe d’un succès évident également. 

 

Dès lors, l’adoption de l’orthodoxie devrait pouvoir s’accompagner de la conservation du prénom antérieur pour peu qu’il soit inclus dans le patrimoine culturel du peuple considéré. 

Pourquoi demanderions-nous à un musulman de renoncer à son prénom (qui est souvent arabe plus que musulman) alors que pareille chose ne fut pas exigée à l’Arménien, au Franc, au Géorgien, au Serbe etc ? De facto, en Occident, les prénoms doubles font partie des traditions locales depuis fort longtemps, respectons-les. Si un jour nous pouvons prier un Saint Omar –il existe déjà un Saint Ahmed qui reçut le baptême du sang- ou un Saint Jean-Pierre, nous verrons là la manifestation claire et visible de cette prophétie : « il y avait une grande foule, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue. Ils se tenaient devant le trône et devant l'agneau, revêtus de robes blanches, et des palmes dans leurs mains. Et ils criaient d'une voix forte, en disant: Le salut est à notre Dieu qui est assis sur le trône, et à l'agneau » (Apocalypse 7 :9-10).

Par Theophylactère
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